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KAS : Droits fonciers, Chaînes de valeurs, Crises d’approvisionnement alimentaire et Changements climatiques au cœur d’un Atelier à Bohicon


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Les femmes des GIE de l’Atlantique appellent à la responsabilité parentale des hommes.

Ph/DR; Monsieur Abel Gbètoénonmon et Monsieur Mounirou Tchacondoh à l’ouverture de l’atelier

Une trentaine de femmes des Groupements d’Intérêt économique (GIE) et Coopératives du département de l’Atlantique participe à un atelier de formation sur les techniques d’adaptation face aux crises d’approvisionnement alimentaire et de changement climatique, les 25 et 26 octobre 2022 à l’Hôtel La Majesté de Bohicon. Cet atelier vise à renforcer leurs capacités et à développer leur résilience face aux crises exogènes.

Aline ASSANKPON

«Mes attentes à ce présent atelier se résument en trois points : Certes, l’accès des femmes à la terre est déjà une préoccupation et lorsqu’elles disposent un lopin de terre, elles sont confrontées à une autre réalité, la sécurisation des terres, c’est le premier point ; le deuxième, c’est l’accès au crédit à travers les microfinances. A cette étape, la gestion des crédits alloués et leur remboursement deviennent difficile pour plusieurs raisons. Comment les femmes peuvent-elles gérer les crédits sans s’endetter et s’enliser dans la précarité? La gestion des ressources financières est une gangrène qui réduit tous les efforts des femmes. Enfin, nous sollicitons l’aide de la Fondation à sensibiliser aussi les hommes (nos époux) sur la responsabilité parentale pour qu’ils puissent contribuer régulièrement aux charges du ménage qui plombent nos activités économiques».

 Ce plaidoyer de Mme Thérèse Ganhouègnon épse Kanlinsou intervient après la première communication qui porte sur le thème : « Les défis des crises géopolitiques d’approvisionnement alimentaire et d’adaptations locales » et recadre le débat sur la réalité quotidienne des femmes des Groupements d’intérêt économique et Coopératives.

Représentant près de la moitié de la population active du secteur agricole, les femmes possèdent moins de 15 % de terres agricoles. Cette situation a de lourdes conséquences sur la stabilité de leurs revenus, leurs sécurité alimentaires, leurs capacités à s’adapter aux crises alimentaires et aux changements climatiques et leurs autres droits au sein des communautés.

«Une femme qui accède à la propriété foncière grâce aux connaissances de la loi et du contexte  juridique associé, a la maîtrise de la terre qu’elle cultive et a une meilleure chance d’améliorer ses moyens d’existences notamment, ses capacités à vendre, choisir, voire comment exploiter et obtenir de fonds pour le développement des activités économiques » souligne le Coordonnateur de la Konrad Adenauer Stiftung (KAS), Mounirou Tchacondoh à l’ouverture des travaux.

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«Notre objectif, à ce présent atelier, est de sensibiliser et de former les femmes des GIE et coopératives agricoles en leur apportant des outils et les techniques pour une autonomisation économique et une résilience face aux crises exogènes de dérèglement climatiques » précise M. Tchacondoh.

«Les questions de sécurité alimentaire pour le développement local constituent des questions structurelles d’importance capitale et donc tous les efforts qui sont menés par les partenaires comme la Fondation Konrad Adenauer pour permettre aux acteurs, notamment les femmes de développer des solutions locales d’adaptations face aux différentes crises, constituent pour les autorités locales, des actions à soutenir» apprécie pour sa part, le Directeur du Cabinet du Maire de Bohicon, M. Abel Gbètoénonmon à l’ouverture des travaux.

En Afrique, l’agriculture est le deuxième plus grand secteur d’activités avec plus de 25% du PIB, selon une étude de la Banque africaine de développement. Dans les pays producteurs du coton, tels que le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, les femmes sont utilisées au niveau des maillons des chaînes de valeur ajoutée à forte intensité de main-d’œuvre, alors qu’elles se positionnent en acteurs secondaires ou sous-traitants au niveau des niches génératrices de revenus élevés.

«Du champ au marché, du champ à la transformation, de la transformation au marché, les femmes sont perçues comme des acteurs majeurs de par leur contribution » soutient l’Expert en Sécurité alimentaire, Abel Gbètoénonmon.

Dans une analyse approfondie des différentes crises géopolitiques d’approvisionnement alimentaire et des défis d’adaptations locales et méthodes de résilience à adopter pour y faire face, le Communicateur a énuméré celles qui ont marqué les dix dernières années par des faits et tendances lourdes. Il s’agit notamment : de la volatilité des prix ; le recours au protectionnisme ; les perturbations climatiques ; la fragilisation du multilatéralisme et le Brexit , etc. «La crise de l’énergie et de l’approvisionnement alimentaire renforcée par la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la ralentissement de l’économie chinoise ; la région du Sahel Afrique de l’Ouest présente des spécificités propres ; des perturbations climatiques faisant osciller la région entre l’inondation et la sécheresse ; des leçons de politiques structurelles tirées des crises alimentaires précédentes ; le terrorisme et les conflits armés ; l’instabilité des pouvoirs politiques ; le renforcement de instruments de politique commerciale et la facilitation des échanges de produits agricoles ; le retour au nationalisme et l’émiettement des marchés dus à la pandémie du Covid-19 et à la crise d’Ebola» sont entre autres, les différentes crises géopolitiques d’approvisionnement alimentaire que traverse le monde.

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Des tendances lourdes à infléchir et des contraintes à lever

Mme Thérèse Ganhouègnon épse Kanlinsou : « L’accès au crédit contribue à augmenter la productivité et à répondre aux exigences de la concurrence »

Mme Thérèse Ganhouègnon épse Kanlinsou, transformatrice des produits agricoles en épices, jus de fruits, elle est également dans l’aviculture et la production agricole contre saison, des tomate et gombo bio. Responsable de la Coopérative féminine Mahuna (COFEMA), où elle assure le leadership féminin en tant que formatrice et animatrice. La plupart des femmes qui sont dans l’entreprenariat gère bien leurs affaires. Mais, lorsqu’elles bénéficient des crédits pour augmenter leur productivité, le remboursement de ces crédits devient difficile. Les problèmes du ménage plombent les engagements pris. Face à la situation, nous invitons les partenaires comme Konrad Adenauer à organiser des ateliers du genre à l’intention des hommes sur la responsabilité parentale ; parce que la femme n’aime pas voir sa progéniture souffrir : quel qu’en soit sa bonne foi pour rembourser le crédit alloué, elle se trouve obligée de puiser dans le fonds du commerce pour faire face aux problèmes de santé, de sécurité alimentaire et d’éducation de ses enfants. En effet, certains hommes se donnent du repos lorsque leurs épouses initient une activité génératrice de revenus. Au lieu de la soutenir à travers la contribution aux charges du ménage, il y en a qui se font même entretenir par les femmes alors qu’ils ne sont pas invalides. Souvent, ces hommes menacent et violentent les femmes qui refusent de les nourrir dans le fonds du commerce. Par rapport aux bonnes pratiques en matière de gestion des crédits octroyés, je facilite aussi l’obtention de crédits aux femmes de ma coopérative, puisque j’en bénéficie aussi pour mes diverses activités. La première chose à retenir, c’est la bonne gestion des crédits. Nous devons mieux gérer notre argent et prendre conscience de ce qu’il est impérieux de gérer méticuleusement l’argent qui vient d’ailleurs (le crédit), qui n’est pas à confondre aux charges de la famille, aux dépenses de l’entreprise. Nous devrons garder l’équilibre financière qui consiste à s’assurer que les responsabilités qui découlent de l’entreprise sont tout autant importantes que celles du ménage. Car honorer ses engagements vis-à-vis des microfinances, c’est renforcer sa crédibilité et sa bonne foi : ce qui favorise l’octroi d’autres crédits. L’accès au crédit contribue à augmenter la productivité et à répondre favorablement aux exigences de la concurrence. (Propos recueillis : A. A.)

Face à cette situation de crise mondiale, l’éducation et la formation des femmes apparaissent comme le premier levier d’action et de politiques publiques sur lequel il faut agir pour permettre un meilleur positionnement des femmes dans les chaînes de valeur ajoutée agricoles afin d’assurer leur autonomisation.

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«Si l’amélioration du cadre juridique en faveur des femmes a permis d’agir substantiellement sur les contraintes sociologiques et les pesanteurs culturelles, des efforts de sensibilisation et d’éducation civique sont encore nécessaires pour permettre à la femme de jouir de tous ses droits y compris le droit à la propriété foncière et tirer de meilleurs revenus de son positionnement dans les chaînes de valeur ajoutée agricole ».

«Les chaines de valeur agricole sont caractérisées par une suite d’opérations dont la fourniture d’intrants, la production, la transformation et la commercialisation. Elles fournissent de ce point de vue des avantages clés aux femmes, notamment : des sources de revenus. Le renforcement de leur capacité dans le domaine est nécessaire pour l’amélioration de leur condition de vie durable et leur capacité à faire aux crises diverses » renchérit le Coordonnateur de la KAS.

Durant deux jours, les participants à cet atelier ont suivi sept (07) communications et les échanges et discussions ont été focalisés sur les crises géopolitiques d’approvisionnement alimentaires et les adaptations locales, les problématiques des droits fonciers des femmes face aux crises, l’autonomisation économique, le leadership féminin, la participation le marketing et la communication, les techniques de production et d’adaptations aux changements climatiques.

Des recommandations venant des experts-formateurs et des participants sont formulées à l’endroit des pouvoirs publics et des partenaires. Il s’agit notamment de promouvoir les femmes agro-entrepreneures à travers la formation, l’accès aux crédits et l’amélioration des marchés d’écoulement de leurs produits à travers le développement des filières d’exportations telles que le cacao, le coton, les huiles, les fruits et légumes, la promotion de label Bénin, etc. Il convient aussi d’identifier des opportunités à l’intérieur des chaînes de valeur ajoutée ou en aval, pour créer de grandes sociétés agro-industrielles à forte rentabilité appartenant à des femmes. Un rêve qui n’est pas utopique mais réalisable si les époux apportent régulièrement leurs contributions aux charges du ménages.

 


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