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Agriculture & Transformation : A la découverte du « Ahipa », un tubercule peu connu des Béninois


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A première vue, on se croirait en face de la patate douce ; mais à bien observer, on se rend compte que c’est un autre tubercule appelé « Ahipa » (Haricot igname ou Pachyrhizus erosus) de son nom scientifique. Un tubercule très comestible frais et crue comme un fruit. De sa transformation découlent plusieurs d’autres produits consommables, commercialisés et générateurs de revenus tant au niveau des agriculteurs que des femmes transformatrices.  Il ne reste qu’au gouvernement béninois d’en faire une filière à l’image du manioc. Découvrons « Ahipa » !

Ph/DR-: Ahipa, un tubercule qui se consomme crue comme un fruit.

Ph/DR-: Ahipa, un tubercule qui se consomme crue comme un fruit.

L’Ahipa, son nom scientifique Pachyrhizus erosus appelé encore Haricot igname. Selon les personnes qui expérimentent la production et la transformation du l’Ahipa ; c’est une plante légumineuse à racine tubéreuses originaires d’Amérique latine. Cette plante a été introduite au Bénin vers la fin des années 90 ; puis réintroduite en 2009 à la faveur du Projet « Enchancing the nutrient-rich Yam Bean (…) en Afrique de l’Ouest et centrale par l’Ong Bornefonden.

En effet, le projet de l’Ahipa a été piloté par l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (INRAB) en partenariat avec le Centre international de la Pomme de terre (CIP). Du résultat des différentes recherches, il ressort que l’Ahipa a fait preuve d’une bonne adaptabilité pour les conditions pédoclimatiques du Bénin. La connaissance des modes et techniques d’utilisation alimentaire et non alimentaire de cette denrée agricole est nécessaire pour son adoption par les populations rurales.

PH:DR-: Ahipa en végétation : ses feuilles et graines

PH:DR-: Ahipa en végétation : ses feuilles et graines

Découvrons Ahipa 

De la production à la transformation, en passant par la technique culturale et les produits dérivés expérimentés au Bénin. Ahipa se cultive par ses graines comme le haricot. Une plante grimpante qui a besoin de tuteurs pour bien se développer. On l’appelle haricot igname parce qu’il produit à la fois des graines et des tubercules.

Cependant les graines de ce haricot produit par la plante d’Ahipa ne jouent que le rôle de  semences ; elles ne sont ni consommables, ni comestibles ; parce qu’elles contiennent des toxiques.

Par contre la racine d’Ahipa est très comestible et peut-être transformée sous plusieurs dérivés.Selon les ingénieurs, cette plante revêt une importance agronomique et nutritionnelle : «C’est une espèce très riche en protéine (11% de MS). Il contient 5 à 7 fois plus de protéines que le manioc. Une légumineuse fixatrice d’azote (jusqu’à 200 kg/ha)  et un bon précédent cultural aux céréales ».

Ph:DR-: Ahipa riche en protéines, en fer et en zinc

Ph:DR-: Ahipa riche en protéines, en fer et en zinc

Les dérivés du Ahipa

A l’instar du manioc, la racine du Ahipa peut aussi se consommer frais et crue tout comme un fruit, sans aucune cuisson préalable ; contrairement aux autres racines et tubercules (ignames, patates, tarots, pommes de terre, etc).  Lorsqu’elle est découpée en tranches puis séchées, elle peut se conserver plus longtemps et se consommer sous forme chips.

L’eau extrait de la racine du Ahipa sert à la préparation du jus du Ahipa (boisson sucrée) ou de liqueur (boisson alcoolisée) et le résidu obtenu après le pressage de l’eau, sert  à préparer de la farine qui entre dans la fabrication de divers mets ; notamment : bouillie, pate-cuite, « atchonmon ou « amuse-bouche », pain, gâteau, etc). Souvent combiné au manioc pour préparer du Gari (plus riche en protéines, en fer et en zinc que le gari ordinaire).

A quand la filière du Ahipa au Bénin ?

Au regard des avantages du Ahipa, ce tubercule qui est consommé crue et transformé sous diverses formes peut aider les agriculteurs béninois au niveau de la diversification agricole aussi pour enrichir un sol trop cultivé. S’intéresser à la culture du Ahipa et en faire une filière ; aiderait nos agriculteurs à sortir de la précarité. Puisque les débouchés existent déjà, les Libanais résidant au Bénin, en raffolent beaucoup ; Transformé les Béninois commencent à s’intéresser aux dérivés du Ahipa. La production et la transformation de l’Ahipa peuvent régler les questions de nutrition puisqu’on en fait de la bouillie pour les enfants et du Yaourt. Alors qu’attend le gouvernement béninois pour s’y mettre au titre de la diversification agricole ?

Encadré-1

M. Constant Amoussou est Assistant au Programme de développement

M. Constant Amoussou est Assistant au Programme de développement

Interview de M. Constant Amoussou :« Les gens ont commencé par s’intéresser aux produits dérivés d’Ahipa »

Assistant au Programme de développement de l’Ong Bornefonden (Direction de Cotonou), il nous parle ici des avantages qu’on peut tirer de la production et la transformation de l’Ahipa.

L-Intégration.com : Vous participez au salon Agrifinances avec Ahipa. Est-ce pour faire sa promotion ?

Constant Amoussou : Nous sommes au salon Agrifinances, nous avons apporté des produits et les femmes qui avaient participé à un projet de Bornefonden. Donc, elles sont là pour faire la promotion de ces produits-là. Par rapport à l’Ahipa, c’est Bornefonden qui a réintroduit ce produit aujourd’hui au Bénin qui est d’origine d’Amérique latine. Il est souvent appelé Haricot igname parce qu’il a aussi des graines comme de l’haricot et des tubercules comme la patate. Il est classé souvent dans la catégorie des patates mais ce n’est pas des patates que nous avons l’habitude de voir.

C’est une plante qui est très riche en nutriments. On se sert de l’Ahipa pour faire de la farine (Gari) ; on peut également faire de la bouillie pour les enfants puisqu’elle est très riche et contient beaucoup d’éléments nutritifs. Donc c’est un produit qui est vraiment intéressant. Actuellement nous sommes dans la vallée de l’Ouémé, il y a des producteurs de Dangbo et d’Adjahoun qui produisent déjà l’Ahipa.

A ce salon, il est surtout question du financement de l’agriculture et non de la promotion des produits. Vous y participez alors à quel titre ?

En fait l’Ong appuie les producteurs qui sont déjà dans le domaine, donc ceux qui sont intéressés pour la production de l’Ahipa. L’Ong les identifie, leur donne un type de formation, l’encadrement qu’il faut. Parce qu’il faut reconnaitre que la promotion de l’Ahipa par la Bornefonden a été faite par le biais de l’Inrab. C’est en partenariat avec cet Institut que les premières formations ont été données.  Donc sur le terrain, nous sommes en partenariat avec les encadreurs, on les assiste ; parce qu’au niveau de l’Ong nous avons des responsables des Activités génératrices de revenus (AGR) qui vont visiter ces producteurs-là quand ils ont besoin d’intrants, des graines ou des engrais, etc. On leur apporte le financement en les accompagnant dans la réalisation de leurs projets jusqu’à terme.

En fait, cet accompagnement est un partenariat gagnant-gagnant avec les producteurs qui veuillent faire la promotion de ce produit. Aujourd’hui, quand on préfinance les gens qui ne sont pas encore dans l’activité, c’est tout un problème.

Donc vous vous intéressez plus aux agriculteurs qui s’intéressent à la production du Ahipa ou aux femmes qui s’intéressent à sa transformation.

Justement, nous accompagnons les personnes désireuses. Nous essayons de voir d’abord de quoi est-ce qu’ils ont besoin. Est-ce un accompagnement managérial, technique ou un financement ? Juste après les toutes premières récoltes de l’Ahipa, les femmes qui s’étaient intéressées pour produire le jus et en faire de la farine, ont été formées et appuyées à la transformation du fruit de l’Ahipa. Nous leur avons même établi un registre de commerce. Elles sont passées de l’étape qu’elles étaient à de vraies commerçantes avec un numéro d’immatriculation au niveau du GUF. Elles ont aussi suivi le processus de la transformation et de la certification au niveau de la DANA. Ces dames produisent aujourd’hui des jus, de la farine et du yaourt avec de l’Ahipa.

Est-ce à dire qu’elles sont connues sur le plan national. Reçoivent-elles des commandes ? Avez-vous noté un changement à leur niveau ?

Oui ! On peut dire qu’il y a un changement au niveau de ces dames. Elles prennent part aux différentes foires organisées au niveau pays. Par exemple depuis trois ans déjà, que Agrifinances organise ce salon. Elles y participent toujours et à chaque fois, elles viennent avec d’énormes produits dérivés de l’Ahipa et les gens sont toujours intéressés. La preuve en est, à l’ouverture de ce salon, beaucoup ont reconnu le fruit d’Ahipa et ont pris le jus et le Yaourt. Ça veut dire que les gens ont commencé par s’intéresser aux produits dérivés d’Ahipa.

L’année dernière, les dames étaient là avec le fruit de l’Ahipa qu’elles ont vendu aux femmes vendeuses de légumes au marché de la Haie-Vive. Dites-vous que dans la même journée, elles ont tout vendu parce que les Libanais qui connaissaient le fruit ont tout pris.

Les Libanais connaissaient l’Ahipa, mais les Béninois n’en connaissent pas encore.

C’est le lieu de dire aux producteurs béninois que ce n’est pas seulement le maïs et les cultures que nous avons tous les jours, qui peuvent nous aider à sortir de notre sous-développement. Aujourd’hui, il existe d’autres plantes (nouvelles pour nous), riches en nutriments et dont la production et la transformation peuvent régler les questions de nutrition. Donc, c’est de s’intéresser à ces filières ; et s’ils sont vraiment intéressés par l’Ahipa, il n’y a pas de problème. Nous sommes toujours à leur disposition pour les aider. (Propos recueillis par : (A.A.)

Encadré-2 :

Mme Tohouédé Sèzangbé, promotrice de l’Ahipa à Adjohoun.

Mme Tohouédé Sèzangbé, promotrice de l’Ahipa à Adjohoun.

Trois questions à Mme Tohouédé promotrice de l’Ahipa

Mme Tohouédé Sèzangbé, originaire d’Adjohoun (Sud Est du Bénin) est l’une des promotrices du Ahipa. Au salon d’Agrifinances, elle a exposé au niveau de son stand, les dérivés du Ahipa et nous explique ici les avantages à tirer de cette plante.

L-Intégration.com : Vous prenez aussi part à ce salon Agrifinances mais avec quel produit ?

Mme Tohouédé Sèzangbé : Je participe à cette foire avec le produit Ahipa. Un produit nouvellement introduit dans l’agriculture. C’est un tubercule qui ressemble à la patate douce mais il est plus gros que la patate ; et ce n’est pas de la patate. Après sa culture, on peut y faire beaucoup de choses avec sa transformation. Par exemple on le mange crue, frais ou séché ; on n’y fait du gari, du jus et du Sodabi, des amuses-bouches, du yaourt, etc. On en fait beaucoup de choses.

Mais comment avez-vous connu Ahipa puisque ce n’est pas un produit béninois ?

Je l’ai connu grâce à l’Ong Bornefonden qui l’a amené au Bénin. Il y a une représentation de cette Ong à Adjohoun. Donc nous qui sommes intéressées par la culture de ce tubercule, nous avons été pris en charge par l’Ong qui nous appui et nous a formé sur les techniques culturales et tout ce qu’on peut y faire au titre de la transformation.

Mais est- ce que ce tubercule et ses dérivés sont connus des Béninois ?

Au départ, ils ne le connaissaient pas. Mais depuis que nous participons aux diverses foires qui sont organisées, grâce à l’appui de Bornefonder, nous exposons Ahipa et ses différents dérivés. Et les Béninois commencent par découvrir le produit ; ils l’apprécient et l’achètent. (Propos recueillis par : A.A.)

Encadré-3

Ph/DR: Des femmes en pleine récolte de l’Ahipa.

Ph/DR: Des femmes en pleine récolte de l’Ahipa.

Les techniques culturales du Ahipa

Pour cultiver l’Ahipa, il suffit de choisir un sol meuble, sans concrétion, désherber, faire le billonnage, semer à deux (2) graines par poquet et démarier à un (1) par poquet. La densité de semis est de 31.250 plants par ha soit aux écartements de 0,40 m x 0,80m.

L’entretien du sol : Il faut surtout y réaliser quatre (4) sarclages qui s’étalent comme suit : deux semaines, six semaines, 11 semaines et 14 semaines après les semis. (Le nombre de sarclages dépend de l’état d’enherbement des parcelles). Fumure minérale à réaliser deux à trois semaines après semis soit après le premier sarclage (30kg/ha d’azote, 40kg/ha de phosphore et 60kg/ha de potassium).

L’entretien des plantes : Réaliser l’ablation (castration) des inflorescences pour maximiser la production des tubercules (Dans ce cas, prévoir une parcelle de production de semences) ; Mettre les tuteurs pour les plants à partir du 20ème jour après semis (le tuteurage est nécessaire pour la parcelle de production de semence) ; Récolter les gousses dès maturité pour éviter qu’elles s’éclatent dans les champs ; Traiter en cas d’attaques des plants à l’aide de l’insecticide et enfin récolter les tubercules 18 à 24 semaines après semis. (A.A.)

Aline ASSANKPON


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