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Rapport économique sur l’Afrique- 2024 / « Investir dans une Transition juste et durable en Afrique »


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Ph:DR: Rapport Economique sur l’Afrique, Edition 2024

« Une transition juste et durable promouvant une croissance accélérée, inclusive et durable, et une diversification à travers l’industrialisation verte, aidera l’Afrique à atteindre son potentiel »

En marge du Dixième Forum régional africain sur le Développement durable, qui se déroule du 23 au 25 avril à Addis-Abeba (Ethiopie), le Rapport économique sur l’Afrique, édition 2024, intitulé : « Investir dans une Transition juste et durable en Afrique » est lancé ce mercredi 24 avril. En lien avec le thème du forum, le Rapport fait l’état des lieux sur la situation économique de l’Afrique et propose des solutions urgentes pour renverser la tendance négative : « L’Afrique a besoin d’un financement d’environ 1600 milliards de dollars jusqu’en 2030 » souligne le rapport.

Aline ASSANKPON

L’Afrique est confrontée à des obstacles persistants à son développement inclusif et durable. Malgré plusieurs poches d’excellence dans les progrès du continent vers la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, le nombre de cibles des ODD qui nécessitent une accélération ou un renversement de tendance dépasse celui des cibles qui sont en bonne voie.

« Pour inverser cette trajectoire, l’Afrique a besoin d’un financement d’environ 1 600 milliards de dollars jusqu’en 2030. Dans un monde multipolaire, géopolitiquement instable et en proie à la polycrise, l’Afrique ne peut pas continuer à faire comme si de rien n’était et être à la hauteur de ses objectifs » souligne le rapport.

La confluence des crises déclenchées par la pandémie de Covid-19, les conflits et les catastrophes liées au climat a annulé les progrès réalisés au cours des dernières décennies en matière de développement social et économique.

La croissance moyenne du PIB réel de l’Afrique au cours des dernières années, même en tenant compte d’une accélération prévue à moyen terme, a été inférieure à son potentiel et au taux nécessaire pour atteindre ses objectifs socio-économiques.

« La pauvreté, les inégalités, l’insécurité alimentaire et le chômage continuent de s’aggraver, 476 millions de personnes, soit environ un tiers de la population du continent et 50 millions de plus qu’en 2019, étant estimées en situation de pauvreté en 2024. En outre, le nombre de personnes vulnérables à la pauvreté a augmenté de 28 % entre 2019 et 2023. Le continent doit renforcer sa résilience climatique et s’engager sur la voie d’une croissance plus verte afin de créer des emplois de qualité et de contribuer aux efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique et de préservation de l’environnement ».

En outre, «le nombre de personnes vulnérables à la pauvreté a augmenté de 28 % entre 2019 et 2023. Le continent doit renforcer sa résilience au climat et s’engager sur la voie d’une croissance plus verte afin de créer des emplois de qualité et de contribuer aux efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique et de préservation de la biosphère » préconise le rapport.

«Une transition juste et durable promouvant une croissance accélérée, inclusive et durable, ainsi que la diversification et l’industrialisation verte, aidera l’Afrique à atteindre son potentiel ».

Dans ce contexte, le Rapport économique sur l’Afrique 2024 analyse les opportunités et les politiques permettant à l’Afrique de construire un système économique juste et durable. Pour que cela se concrétise, « les pays africains ont besoin de plans et de stratégies de développement holistiques qui réorientent fondamentalement leur production, leur consommation, leur gouvernance, leur technologie, leur capital humain et leurs systèmes financiers ».

Le secteur privé jouera un rôle clé dans les phases de conception et de mise en œuvre. Pour encourager l’investissement dans une Transition juste et durable (TJD) sur le continent, les pays africains devront mobiliser le financement nécessaire, tant au niveau national qu’au niveau international.

« L’exploitation du potentiel de l’Afrique pour une TJD dépendrait également d’un leadership transformationnel guidé par un récit africain, soutenu par des coalitions multipartites aux niveaux national et régional. Enfin, il sera essentiel de présenter une voix africaine unie et amplifiée au sein des principales institutions mondiales » insiste le rapport.

L’obtention par l’Union africaine d’un siège au G20 offre l’occasion d’articuler les points de vue de l’Afrique sur des questions essentielles pour le continent. L’Afrique est bien placée pour poursuivre avec succès une TJD qui serve au mieux ses populations et ses intérêts stratégiques.

A la cérémonie du lancement du rapport, Claver Gatete, Secrétaire général adjoint des Nations unies et Secrétaire Exécutif de la Commission économique pour l’Afrique déclare reconnait que l’édition 2024 du rapport économique sur l’Afrique jette les bases pour catalyser les cadres politiques et institutionnels nécessaires à cet effet : « L’Afrique est bien placée pour poursuivre avec succès une TJD qui sert au mieux ses populations et ses intérêts stratégiques. Cette année, le rapport économique de la CEA pour l’Afrique jette les bases pour catalyser les cadres politiques et institutionnels nécessaires à cette fin ».

Une nouvelle approche est donc nécessaire : la transition vers un accès total à l’énergie

« Une nouvelle approche est nécessaire pour accélérer la création de richesses, réduire les inégalités et parvenir à un développement plus équitable et durable. La demande accrue d’énergies renouvelables encourage les pays africains à passer à des économies inclusives, à faible émission de carbone et économes en ressources, tout en comblant le fossé énergétique. La transition vers un accès total à l’énergie et vers la durabilité nécessitera des changements dans les systèmes sociétaux interdépendants à de multiples niveaux » recommande le rapport.

L’industrialisation de l’Afrique à partir des seuls combustibles fossiles n’est pas réalisable compte tenu de la crise planétaire. À moyen terme, le continent utilisera les énergies renouvelables et non renouvelables pour combler son déficit énergétique. Les progrès dépendront de la manière dont les décideurs africains aborderont les éléments et les moteurs essentiels de la transition au cours des prochaines décennies.

Le rapport économique sur l’Afrique-2024 présente les arguments en faveur de l’investissement dans une TJD tout en réalisant l’accès à l’énergie pour tous. S’appuyant sur des études de cas nationales, des données macroéconomiques, sectorielles et concrètes, ainsi que sur les conclusions et les recommandations des éditions précédentes du rapport.

Le rapport 2024 évalue les conditions nécessaires à une transition juste et durable en Afrique et la manière de catalyser les investissements requis. Il propose également de définir la TJD d’un point de vue africain et met en évidence les opportunités et les impératifs politiques pour les pays africains afin d’y parvenir.

L’édition 2024 du Rapport Economique sur l’Afrique, vise à : Contextualiser et conceptualiser l’impératif des TJD pour que l’Afrique atteigne ses priorités économiques, sociales et environnementales ; Mettre en évidence les opportunités et évaluer l’état des TJD en Afrique en fonction des trois piliers de la durabilité : environnemental, social et économique ; Évaluer les possibilités de financement des TJD en Afrique sur la base d’études de cas nationales et Recommander des politiques et des cadres pour que l’Afrique entreprenne avec succès les TJD.

Le rapport souligne les possibilités de bond en avant découlant du stade précoce de développement de l’Afrique et de sa généreuse dotation en ressources naturelles. Ces dernières sont essentielles pour assurer une transition durable.

Le rapport souligne également les autres atouts de l’Afrique, tels que les terres arables et la jeunesse de sa population. Pour en tirer le meilleur parti, « il faudra non seulement modifier radicalement les politiques et les processus de planification des pays, mais aussi impliquer davantage et plus efficacement le secteur privé et les partenaires de développement ».

Le rapport met en évidence les changements de mentalité politiques et institutionnels nécessaires pour catalyser les TJD en Afrique. Pour atteindre ses objectifs, « la TJD doit refléter les spécificités de l’Afrique. Une interprétation de la TJD qui répond bien aux besoins de l’Afrique la définit comme un système économique englobant la durabilité environnementale, l’atténuation sociale et l’industrialisation verte ».

Les TJD reposent sur les modèles commerciaux émergents et les meilleures pratiques qui génèrent des économies substantielles de ressources grâce aux économies circulaires et aux technologies d’avant-garde, tout en stimulant le développement. « Le résultat souhaité n’est pas seulement la production d’énergie durable, la protection de l’environnement et l’atténuation sociale, mais aussi une transformation industrielle verte plus large ».

Le rapport constate toutefois que l’Afrique ne peut se passer rapidement des combustibles fossiles, compte tenu de la croissance rapide de sa population et du fait qu’environ 600 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité. « Le passage aux énergies renouvelables doit donc être progressif, tandis que d’autres sources continueront à jouer un rôle clé au cours des prochaines années ».

Cinq études de cas illustrent la possibilité d’investir dans les énergies renouvelables

« Les cinq études de cas du Gabon, du Kenya, du Maroc, du Sénégal et de l’Afrique du Sud présentées dans ce rapport montrent qu’il est possible d’attirer des investissements dans les énergies renouvelables, mais que le succès jusqu’à présent s’est limité à des secteurs spécifiques dans une poignée de pays. Le Maroc a réalisé des progrès notables dans la mobilisation des ressources pour la transition. Pour que la transition en Afrique soit juste, elle doit être ancrée dans les récits africains, en poursuivant les meilleurs intérêts de l’Afrique et en s’appuyant sur des catalyseurs clés ».

« Ces catalyseurs comprennent le développement des énergies renouvelables, l’industrialisation à faible intensité de carbone, les technologies économes en ressources, la gouvernance collaborative, un flux d’investissement public et privé adéquat, la réduction des déficits énergétiques, l’amélioration du bien-être et la création d’emplois. Pour réussir, la transition doit être dirigée par l’Afrique ».

L’Afrique a une fenêtre d’opportunité pour entreprendre des transitions efficaces, justes et durables (TJD) guidées par des récits et des besoins informés par l’Afrique. Des facteurs tels que sa population jeune, ses terres arables, ses ressources renouvelables, ses énormes gisements de minéraux stratégiques et les avantages des technologies émergentes pour les retardataires permettent à l’Afrique de façonner la transition durable au niveau mondial tout en comblant ses propres lacunes en matière de disponibilité énergétique.

«Malgré l’énorme potentiel de l’Afrique, les investissements dans sa transition durable, et en particulier dans les sources d’énergie renouvelables, restent négligeables » note le rapport.

« La réalisation des TJD en Afrique nécessite des changements fondamentaux dans les systèmes économiques, de gouvernance et technologiques. Ces changements doivent être motivés par une utilisation efficace des ressources naturelles, le développement d’infrastructures durables, une industrialisation à faible émission de carbone et des systèmes agroécologiques résilients ».

Le repositionnement de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales et la création d’emplois verts pour ses jeunes nécessiteront la transition d’une économie extractive vers une économie productive à valeur ajoutée, de plus en plus alimentée par l’énergie propre. Tout en poursuivant les TJD, les décideurs politiques africains devraient être guidés par des visions et des stratégies tournées vers l’avenir qui maximisent les avantages que le continent tire des opportunités économiques et technologiques émergentes et utiliser des mécanismes continentaux tels que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pour leur mise en œuvre.

« Le financement des TJD en Afrique est crucial pour garantir le développement inclusif d’économies résilientes à faibles émissions de carbone sans compromettre la prospérité. La transition nécessitera d’importantes ressources pour financer les investissements en capital, l’innovation financière et les systèmes de protection sociale, et le continent devra catalyser des approches innovantes ».

« Pour combler équitablement le déficit de financement de l’Afrique et atteindre les TJD, l’architecture financière internationale nécessite un changement de paradigme et une réforme majeure. Les pays africains sont bien placés pour élargir leur espace budgétaire en exploitant stratégiquement leurs ressources naturelles ».

« Cela peut être réalisé en développant les minéraux stratégiques, en intégrant le capital naturel dans les processus nationaux de comptabilité et de planification des ressources, en réduisant les flux financiers illicites et en tirant parti du rôle stratégique du continent dans un paysage géopolitique en évolution » ajoute le rapport, Investir dans une transition juste et durable en Afrique.

Quelques recommandations politiques

Par ailleurs, le rapport fait des recommandations politiques pour l’atteinte des objectifs d’une TJD. « L’objectif primordial d’un cadre TJD pour l’Afrique est d’améliorer le bien-être humain aujourd’hui sans mettre en péril le bien-être des générations futures. Cet objectif doit être atteint en répondant aux besoins fondamentaux, en créant des emplois productifs et des moyens de subsistance durables, et en établissant un écosystème sain ».

Un tel cadre reconnaît – en tant que forces motrices d’une TJD – une industrialisation à faible émission de carbone qui est inclusive, crée des emplois décents et est écologiquement durable tout en poursuivant des agroécosystèmes durables. Dans ce contexte, les principales recommandations politiques du rapport sont les suivantes :

  • Renforcer les stratégies et les politiques pour les TJD en Afrique avec des plans de développement nationaux qui intègrent les priorités nationales avec les ODD et l’Agenda 2063 et les mécanismes de financement associés. Les politiques et stratégies de développement, défendues par un leadership transformateur, devraient aider les pays africains à saisir les opportunités de saut en avant compte tenu du stade précoce de développement de l’Afrique, de ses ressources naturelles et de ses dotations humaines, des technologies émergentes et de la Zone de libre-échange continentale africaine.
  • Faciliter le rôle clé du secteur privé, mais les JST doivent être gérées avec prudence plutôt que de s’appuyer uniquement sur les mécanismes du marché. Cette approche vise à réduire les bouleversements économiques et sociaux et à soutenir la création d’emplois, l’inclusion sociale et l’éradication de la pauvreté.
  • Équilibrer la croissance et l’investissement public stratégique tout en maintenant la viabilité budgétaire. Les gouvernements africains doivent mobiliser davantage de ressources financières nationales et améliorer les ratios impôts/PIB en renforçant les structures fiscales (y compris les taxes environnementales), le renforcement des capacités, les institutions, les systèmes de passation des marchés publics et l’utilisation des technologies numériques. La rationalisation des subventions et le ciblage de la protection sociale peuvent accroître l’efficacité des dépenses budgétaires.
  • Mobiliser de nouveaux financements et utiliser plus intelligemment les ressources financières disponibles pour investir dans les opportunités inexploitées en Afrique pour les JST. Les études de cas révèlent les mesures prises par certains pays africains pour soutenir les investissements dans les JST. Des engagements politiques et des stratégies claires soutenues par des mécanismes institutionnels adaptables sont essentiels pour parvenir à la durabilité des investissements. Ils sont également essentiels pour mobiliser des capitaux grâce à une budgétisation durable, aux marchés de capitaux privés, aux obligations vertes et bleues et aux crédits carbone.
  • Établir un mécanisme national dédié au financement des JST, soutenu par la banque nationale ou le Trésor, afin de faciliter une utilisation plus efficace des financements disponibles. Les pays africains peuvent tirer parti de l’essor mondial des minéraux « verts » et d’autres ressources naturelles pour exporter des crédits carbone de qualité supérieure, générant ainsi des financements supplémentaires pour des investissements durables.
  • Élaborer des stratégies de gestion durable du capital naturel afin de favoriser les investissements dans les JST. L’intégration du capital naturel dans les plans de développement nationaux peut élargir l’espace budgétaire, en fournissant une base pour des instruments de politique budgétaire verte et pour redéfinir le PIB. Cet effort devrait être soutenu par des stratégies d’industrialisation durable. Cela déplace l’accent de la politique de développement vers les « minéraux stratégiques » et le rôle accru de l’Afrique dans la transformation, la valeur ajoutée et les chaînes de valeur mondiales.
  • Soutenir la gouvernance collaborative multiniveau, le capital humain et les technologies avancées essentielles aux JST. Compte tenu de la nature transfrontalière et trans-juridictionnelle du changement climatique et de la dégradation écologique, une gouvernance collaborative par tous les niveaux de gouvernement, y compris les organisations internationales, et d’autres parties prenantes clés (entreprises, ONG, citoyens) est une condition préalable à la mise en œuvre réussie de la JST.
  • Construire des partenariats et des coalitions multipartites efficaces aux niveaux national, régional et mondial. Cela inclut des cadres multipays tels que la Commission climatique des États insulaires d’Afrique pour créer des synergies et améliorer la coordination.

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