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Le programme Approche Communale pour le Marché Agricole (ACMA) : Le marché transfrontalier Bénin-Nigéria : Vecteur du développement économique local


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A la visite des stands du salon AGRIFINANCES, nous avons découvert un stand particulier animé par quelques dames. Ici, c’est la promotion d’un programme piloté par l’IFDC (International Fertilizer Development Center) de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas : ACMA (Approche communale pour le Marché agricole). Un programme qui vise à contribuer à l’amélioration de la sécurité alimentaire et à l’accroissement des revenus agricoles des acteurs économiques béninois.        

Evidemment les marchés du géant de l’Est, le Nigeria, sont depuis des lustres approvisionnés à partir du Bénin mais sans réelle exploitation des opportunités offertes par ceux-ci. Il ne s’agit que des transactions transfrontalières principalement menées au niveau du secteur informel. Si des Béninois se déplacent dans ces marchés pour vendre leurs produits, c’est ainsi que des Nigérians font également la navette pour s’approvisionner au Bénin en allant même chercher les produits locaux jusqu’à l’intérieur de nos communes. Puisque souvent, les commerçants, transformateurs et producteurs Béninois sont confrontés à des défis majeurs qui touchent cette transaction et qui en bout de ligne ne rétribue pas les acteurs économiques à la juste valeur. Il s’agit notamment, les problèmes de conservation, de transport, de convoyage et autres.

De plus, malgré tous les appuis pour promouvoir les filières agricoles orientés vers la production et la transformation, le résultat est loin d’être satisfaisant observent les Partenaires techniques et financiers (PTF) installés au Bénin.

Ph/DR-: Une variété de produits locaux très prisés sur les marchés du Nigéria tels que les poissons fumés et autres

Ph/DR-: Une variété de produits locaux très prisés sur les marchés du Nigéria tels que les poissons fumés et autres

L’ACMA en question ?

Au regard de ce constat, le programme Approche communale pour le marché agricole (ACMA) initié par l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas, s’est focalisé sur ce grand marché de débouchés qu’est le Nigéria pour le Bénin afin de marquer le point de départ de ses interventions.

En effet, l’ACMA s’est fixé trois objectifs spécifiques : le renforcement du pouvoir des acteurs économiques locaux dans les échanges commerciaux ; l’accroissement des échanges commerciaux avec le Nigéria et sur les marchés locaux et enfin l’accroissement quantitatif et qualitatif de l’offre locale et l’écoulement des produits concernés.

Et pour y parvenir des groupes de producteurs et de productrices, de transformateurs et transformatrices et des commerçants et commerçantes sont ciblés dans trois départements  frontaliers du Bénin (Ouémé, Plateau et Zou). De ces groupes cibles, 40 % sont des femmes qui proviennent dans 22 communes des trois départements.

Les produits locaux très prisés sur les marchés du Nigéria sont entre autres : l’huile de palme, la noix de palmiste, le maïs, le soja, l’arachide, le piment, le manioc et ses dérivés (gari, tapioca et lafun), le poisson frais et fumé etc. Là, il s’agit des produits pris en compte par le programme ACMA ; puisque d’autres produits locaux intéressent également les marchés nigérians tels que les tubercules, les agrumes et fruits, (citron, orange, tomates etc).

Stratégie de Mise en œuvre de l’ACMA

Financé et mis en œuvre par un consortium dirigé par International Fertilizer Development Center (IFDC) de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas depuis 2013, le programme ACMA arrivera à terme en 2017.  Après quatre années d’expérimentation sera-t-il renouvelé ? La question reste posée.

En attendant, il faut dire que ce programme dispose d’un budget global de 10 millions d’euros. 40% du budget est destiné aux infrastructures marchandes, sous « maîtrise d’ouvrage communale », pour accroître le commerce. La stratégie de mise en œuvre de l’ACMA est axée uniquement sur le marché agricole du Nigéria fortement liée sur deux composantes : l’offre et la demande et l’approche communale.

Ph/DR-: Mme Colette Kiki Houézé Biga, Spécialiste Accès au Financement/Programme ACMA

Ph/DR-: Mme Colette Kiki Houézé Biga, Spécialiste Accès au Financement/Programme ACMA

De l’avis, de Mme Colette Kiki Houézé Biga, Spécialiste Accès au Financement/Programme ACMA, il faut explorer les besoins des marchés nigérians. « A travers le programme ACMA, nous essayons de conquérir le marché du Nigéria de façon formelle. D’apprendre à nos producteurs, transformateurs et commerçants, ce que demande ce marché, comment s’adapter et adapter les produits aux besoins du marché. Quelle est la quantité et la qualité de produits demandés afin de les amener à améliorer leurs productions et à vendre » explique-t-elle.

Ph/DR-: Ci-contre le stockage des huiles de palme pour la période de soudure.

Ph/DR-: Ci-contre le stockage des huiles de palme  dans un fût pour la période de soudure.

L’offre et la demande

Selon les informations reçues, cette composante comprend les appuis du programme aux acteurs économiques qui sont mis en relation à travers les Pôles d’Entreprises agricoles (PEA) et aux acheteurs du Bénin et du Nigéria. D’abord, les acteurs organisés en PEA constituent l’offre et sont activement impliqués au niveau de plusieurs étapes du processus ; notamment les processus de mobilisation de l’offre de produits (quantité et qualité) ; les stratégies de vente groupées (pour réduire les coûts de transaction et s’assurer d’un meilleur revenu) ; l’inclusion des groupes vulnérables (les petits producteurs, transformateurs et commerçants) dans la mobilisation de l’offre et la vente groupée ; l’amélioration de la compétitivité des produits (négociations, contractualisation, organisation de la logistique, transactions commerciales) ; la recherche du financement adapté pour les membres des PEA et la gestion des infrastructures marchandes pour la mise en marché collective.

Ensuite, concernant la demande, les acheteurs potentiels sont identifiés au Nigéria, particulièrement dans les Etats de Lagos, d’Ogun et d’Oyo. Autrement dit, le programme ACMA facilite ainsi la mise en relation et les transactions commerciales avec les PEA au Bénin.

« Le programme cherche également une représentation au Nigéria, les personnes qui sont intéressées par nos produits et qui viennent regarder et achètent. Nous amenons également les producteurs béninois au Nigéria pour qu’ils puissent voir ce qui se fait là-bas. Quand ici, on dit que le plus grand producteur fait 300 tonnes, c’est rien du tout à côté de ce qui se fait là-bas. Il y a des entreprises qui demandent 1000 tonnes par jour. Donc c’est un marché qui peut être rentable pour les Béninois » indique Mme Colette Kiki Houézé Biga.

Ph/DR-: Le stock est entreposé et pris en gage dans un magasin sécurisé, assuré et approprié.

Ph/DR-: Le stock est entreposé et pris en gage dans un magasin sécurisé, assuré et approprié.

Pourquoi une Approche communale ?

La deuxième composante touche en effet, les activités qui sont orientées vers les cadres de concertation communaux ou intercommunaux (CCC/CCIC) impliquant les acteurs économiques (PEA qui représente le secteur privé) ainsi que les communes (maires et conseils communaux qui représentants le secteur public) afin de promouvoir un environnement propice aux affaires.

Ces cadres de concertations sont des innovations institutionnelles par leur vocation économique, leur thématique (climat des affaires) et la voix qu’ils veulent donner au secteur privé agro-alimentaire auprès des autorités locales. La création des cadres légitimes et légales se base sur une dynamique commerciale d’envergure avec le Nigeria, sa contribution potentielle à l’économie locale et, par conséquent, l’intérêt des autorités communales à s’y investir. Ce qui a une influence sur les transactions commerciales.

Aline ASSANKPON

 

Le Warrantage en bref

Le warrange est le stockage ou l’entreposage des produits agricoles conservables (maïs, soja, huile de palme, etc) susceptibles d’augmenter de la valeur dans le temps, surtout en période de soudure contre un crédit agricole à court terme – d’une durée d’1 à 9 mois – qui constitue la garantie du stock.

Le système de warrantage aide les acteurs économiques directs surtout les petits producteurs individuellement ou organisés en coopérative à accéder à un crédit en période d’abondance des produits agricoles pour développer une activité rentable ou pour subvenir aux besoins urgents de ces derniers sans altérer le budget familial, en attendant de commercialiser plus tard et à un meilleur prix leurs produits agricoles warrantés. Le stock est entreposé et pris en gage dans un magasin sécurisé, assuré et approprié.

Quelques avantages

Rappelons que sans le warrantage, les producteurs et productrices sont obligés de brader les produits agricoles qui inondent le marché dans la même saison. Autrement dit, le warrantage présente des avantages  et vient combler un vide. Puisqu’il évite aux producteurs et productrices, le bradage de leurs produits agricoles, le recours aux usuriers et facilite l’accès au crédit.

Du coup, le warrantage renforce la sécurité alimentaire et la qualité des produits agricoles par l’introduction des normes de qualité au cours des stockages et de leur contrôle ; augmente les revenus et améliore la compétition par création de marché à terme et le développement de bourses de produits agricoles à long terme.

Si le warrantage permet d’améliorer le pouvoir de négociation des producteurs grâce à une meilleure répartition de la mise en marché des produits dans le temps ; de l’autre côté, il réduit les coûts de transaction pour les acheteurs qui gagnent en temps et en déplacement. Puisque cela leur permet de collecter d’importantes quantités en un seul endroit.

Le principal risque que pourrait présenter le warrantage aux producteurs, est la fluctuation stagnante des prix sur le marché. Selon la loi du marché, les prix baissent lorsque l’offre excède la demande et le warrantage vient à point nommé. Par contre lorsque la demande excède l’offre, les prix augmentent ; ceci permet aux producteurs de réaliser de très bonnes affaires. (A.A.)

Les ambitions du Programme ACMA

Quarante et un (41) PEA sont construits dans les trois (03) départements ciblés. Au moins 300 organisations d’acteurs économiques sont appuyées à travers les PEA qui participent aux transactions commerciales ; des CCC/CCIC sont initiés dans les trois départements pour faciliter l’environnement des affaires et favoriser des échanges commerciaux  avec le Nigéria et au Bénin. Des infrastructures liées au marché (magasin de stockage pour le warrantage et des équipements de transformation, etc) sont érigées dans les communes qui sont stratégiques pour le commerce transfrontalier.

Au total, 35.000 acteurs économiques hommes et femmes sont touchés par les actions du programme ACMA dont 40% sont des femmes. Plus de 220 millions de Fcfa de crédits sont octroyés aux acteurs des PEA à travers des arrangements souples.

L’atteinte des objectifs se résume en ces chiffres : 4500 tonnes de produits warrantés sont vendus à un prix rémunérateur pour accroître les revenus ; des milliers de tonnes de produits ciblés sont vendus par les acteurs des PEA au Nigéria et au Bénin ; les revenus de ces acteurs économiques sont directement accrus de 30%. (A.A)


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