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Sécurité alimentaire et crise énergétique en Afrique du Nord et de l’Ouest: « Repenser nos politiques économiques ; repenser l’articulation de nos réponses de manière qu’ils soient beaucoup plus novatrices… »


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Ph: DR: Suzana Schwidrowki, la Directrice du Bureau sous régional pour l’Afrique du Nord de la CEA et la Directrice du Bureau sous-régional pour l’Afrique de l’Ouest de la CEA, Ngone Diop

En marge de la Réunion des Experts qui se tient actuellement au Maroc du 1er au 3 Novembre 2022, sur « la Sécurité alimentaire et énergétique en Afrique du Nord et de l’Ouest dans un contexte de crises multiples», une conférence de presse est organisée ce mercredi 02 novembre en mode présentiel et webinaire. Conjointement animée par la Directrice du Bureau sous-régional pour l’Afrique de l’Ouest de la CEA, Ngone Diop  et Suzana Schwidrowki, la Directrice du Bureau sous régional pour l’Afrique du Nord de la CEA, l’objectif étant de créer une dynamique de synergie dans la réflexion, le partage d’expériences et dans la formulation de solutions pour réponde aux problématiques qui se posent aux deux régions : Afrique du Nord et Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, les études de la FAO classent le Bénin en tête de peloton des pays d’Afrique de l’Ouest dépendants d’importation du blé en provenance de la Russie et de l’Ukraine avec une part de 68 %. Le rapport invite donc nos dirigeants à repenser l’articulation des réponses à l’insécurité alimentaire.

 Aline ASSANKPON

Les efforts déployés par les pays d’Afrique du Nord et de l’Ouest pour relancer leurs économies touchées par la pandémie du Covid-19 sont entravés par les prix élevés et volatils des denrées alimentaires et de l’énergie résultants de la guerre entre l’Ukraine et la Russie.

En effet, dans une présentation liminaire basée sur les études faites par la FAO sur la situation des marchés de l’Afrique du Nord et l’Ouest pour le premier trimestre 2022-mai 2022,  il ressort que, de l’Ukraine et de la Russie, on note d’importants exportateurs de denrées alimentaires, représentant de 30%  des exportateurs de derrières années. Les pays d’Afrique du Nord, notamment l’Egypte, la Tunisie, le Maroc et la Lybie importent plus de la moitié de leur blé de l’Ukraine et de la Russie ; l’Egypte étant le premier importateur mondial de blé.

En espèce, la préoccupation actuelle c’est la problématique de la sécurité alimentaire et de la sécurité énergétique dans un contexte très délicat, géopolitique et géostratégique marqué par des crises multiformes, notamment : la crise de Covid-19 ; la guerre entre l’Ukraine et la Russie et d’autres crises sous-jacentes, la crise sécuritaire en Afrique de l’Ouest (le terrorisme qui continue à être très actif), la crise du climat du fait des effets pervers du changement climatique et la crise énergétique.

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«Si on se concentre sur la crise alimentaire et par ricochet, les différentes crises inhérentes à cela, et la manière dont cette crise a été exacerbée, il faudrait reconnaitre que c’est une crise structurelle » a souligné Mme Ngone Diop,Directrice du Bureau sous-régional de la CEA en Afrique de l’Ouest.

« En ce qui concerne l’Afrique de l’Ouest, il est une vérité de dire que cette région est très riche en toutes ressources (terriennes, foncières, minérales, maritimes et autres ressources naturelles). Mais du fait du manque de la transformation de ces ressources, nos économies sont très vulnérables à toutes les crises exogènes, de manière directe ou indirecte » observe Mme Diop.

Selon les dernières informations statistiques fournies par la FAO depuis la crise de Covid-19, les problématiques sous-jacentes structurelles ont été exacerbées à travers des blackouts (la plupart des économies sont fermées) au niveau de tous les secteurs, agricole, service et commercial. Et les différentes statistiques menées au niveau des Nations Unies par la FAO sur la sécurité alimentaire, rapportent que la plupart de nos pays de l’Afrique de l’Ouest sont sous la ligne de démarcation de Sécurité alimentaire. «Pratiquement tous les quinze pays de l’Afrique de l’Ouest, ont un certain rapport d’indépendance en termes d’importations de produits alimentaires, de blé et d’autres céréales ; 46 % en moyenne pour nos pays ».

En détail, dans la sous-région, le Bénin se trouve en tête de peloton des pays dépendants d’importation des produits céréaliers en provenance de la Russie et de l’Ukraine avec une part de 68 % ; le Sénégal vient avec 52 % et le Togo, 45%.  «Certes les autres pays sont relativement dépendants mais beaucoup moins : 25%, 15% et 17% avec des habitudes alimentaires qui sont différentes » a souligné Mme Diop.

Cette même évaluation de la FAO a mis en exergue une baisse de la production agricole à 20%. Une situation qui est liée aux changements climatiques et au processus de relèvement des économies post-Covid. «Par rapport à la période de soudure où les acteurs du système agricoles (paysans) ne produisent pas pour diverses raisons (sécheresse, inondation), le taux d’insécurité alimentaire  a pris des proportions entre 27,1% à 30,2% ; soit une hausse de 70% ».

Le rapport de la FAO souligne également que ces différentes crises ont eu des effets pervers et d’impacts directs sur la sécurité alimentaire des pays de l’Afrique de l’Ouest ; d’où la variabilité d’insécurité alimentaire omniprésente qui s’observe dans tous les quinze pays.

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Ces préoccupations commandent des actions concrètes, des réponses innovantes renchérit la Directrice du Bureau sous-régional de la CEA en Afrique de l’Ouest en citant Einstein : «Les problématiques ne peuvent pas être résolues, par les mêmes questions et par les mêmes solutions ou les politiques qui l’ont créé ». « ça veut dire qu’il nous faut repenser nos politiques économiques ; repenser l’articulation de nos réponses de manière qu’ils soient beaucoup plus novatrices qui ne permettent pas seulement de répondre aux symptômes de la problématique mais aux causes fondamentales qui ont fait que pendant plusieurs année, malgré les ressources dont on dispose, nous sommes toujours vulnérables à toutes sortes crises (régionales, globales, etc).

Perspectives énergétiques : l’hydrogène vert, l’énergie de l’avenir

Dans la même perspective, certaines données la Banque mondiale publiées en 2019, comparées à celles de 2022, font remarquer que l’énergie est une problématique importante, inhérente aux différentes crises citées ci-dessus, 63,7% de consommation nationale d’énergies. L’institution a noté une baisse exponentielle de consommation dans certains pays, de 2019 à 2020. De manière officielle, « c’est en deçà, 40 à 50 % » a noté Mme Diop.

Suzana Schwidrowki, la Directrice du Bureau sous régionale de la CEA pour l’Afrique du Nord, va analyser pour sa part, la crise énergétique mondiale qu’on observe depuis le début de l’année 2022 et qui a eu des répercussions sur les économies du monde entier sous le prisme des énergies renouvelables comme une réponse à la crise énergétique en Afrique du Nord. «L’invasion de l’Ukraine par la Russie a fait grimper en flèche les prix des denrées alimentaires, de l’énergie et d’autres produits de base, augmentant ainsi les pressions sur les économies africaines déjà durement touchées par la pandémie du Covid-19 ».

«Selon les perspectives énergétiques en Afrique 2022, les crises qui se chevauchent affectent de nombreuses parties des systèmes énergétiques africains, notamment en inversant les tendances positives en matière d’amélioration de l’accès à l’énergie moderne avec 25 millions de personnes supplémentaires en Afrique visant sans électricité aujourd’hui par rapport à la situation avant la pandémie » poursuit-elle.

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En effet, l’Egypte abrite un grand projet solaire, le plus grand au monde a déclaré Suzana Schwidrowki : «Des études d’innovations s’appliquent à des chaînes locales avec la crise que nous connaissons aujourd’hui, la flambée des prix énergétiques où différentes initiatives ou incitations sont mises en place dans plusieurs pays pour revoir le mythe énergétique et cela avant les questions d’atténuation, d’adaptation aux changements climatiques ».

Outre l’énergie solaire, l’Egypte a un projet de haut débit de l’énergie éolienne, de biogaz. «Nous pouvons dire qu’aujourd’hui, le monde va dans le sens de l’hydrogène vert et c’est vraiment l’énergie de l’avenir. Nous devons mentionner cela et l’Egypte sera plus ravie de partager son expérience dans ces domaines que je viens de citer ».

Poursuivant la réflexion à travers les réponses aux préoccupations des journalistes, Mme Diop observe que «l’inflation est là, les pays en souffrent, ça va avec la crise, l’offre et la demande ».  Selon elle, la question fondamentale qu’on doit se poser est : « Que faire pour éviter cette vulnérabilité, ces chocs qui à tout moment, même si on n’est pas concerné à priori, on est concerné du fait de la fragilité de nos économies. Et partant, la fragilité de tout l’écosystème du Business ».

C’est en effet, l’objectif de cette conférence des experts de trois jours au Maroc pour créer une dynamique de synergie dans la réflexion et le partage d’expériences et dans la formulation de solutions pour réponde aux problématiques qui se posent aux deux régions : Afrique du Nord et Afrique de l’Ouest.

« A ce forum, il s’est agi de ramener les connaissances de tous les acteurs pour voir quelles sont les leçons que nous pouvons tirer des uns et des autres. Il s’agit d’une approche stratégique. Et au final, il faut garder à l’esprit que c’est un contexte qui sera amené à évoluer. Le fait de comprendre les raisons sous-jacentes cette crise qui pourrait revenir de manière cyclique, il faut vraiment tirer des leçons de l’histoire des crises produites ailleurs, pour capitaliser nos potentiels et d’ajouter de la valeur » précise Mme Diop.

«Si nous réussissons le challenge, qu’est la ZLECAf, nous pouvons anticiper des crises, être prêts pour faire face à ces crises et continuer à développer nos économies avec des contenus qui permettent de répondre réellement  aux besoins des populations » conclut-elle sur une note d’espoir qui invite chaque Africain à prendre au sérieux l’outil d’intégration qu’est la Zone de Libre-Echange continental en Afrique (ZLECAf).


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