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Littérature : “Jazz et Vin de palme” d’Emmanuel Boundzéki Dongala


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Publié pour la première fois en 1982 par Hatier, l’ouvrage “Jazz et Vin de palme” rassemble 8 nouvelles qui décrivent ce qui se passe à New York et au Congo-Brazzaville dans les années 1960-1970.

Si les 3 dernières nouvelles (“New York et son métro fantôme”, “Jazz et Vin de palme” et “A love supreme”) évoquent la lutte des Noirs (Angela Davis, les Black Panthers, Malcolm X et Martin Luther King occupent une place importante dans cette lutte) contre l’exclusion et le racisme, Dongala y rend également un vibrant hommage à John Coltrane, le grand saxophoniste afro-américain à qui il prête, dans un entretien imaginaire, les paroles suivantes : “Vous savez ce que je cherche ? La drogue tue, l’alcool avilit […] Les femmes ? Passons. Que me reste-t-il ? La musique […] Ce n’est que ça qui puisse me sauver et peut-être aider à sauver les autres. Le but de ma méditation par le moyen de la musique est de m’ouvrir à Dieu, c’est-à-dire à tout, à l’amour du monde, des hommes, m’ouvrir au soleil, aux vibrations, à l’énergie cosmique. Cela me permettra alors d’élever les gens, de les inspirer pour qu’ils puissent atteindre à leur capacité de vivre. Car, voyez-vous, il y a certainement un sens à la vie !”

Les 5 premières nouvelles, elles, dressent un portrait négatif des régimes africains qui ont succédé aux colonisateurs. Comme Ahmadou Kourouma, Alioum Fantouré ou Tierno Monénembo, le nouvelliste congolais y révèle que les indépendances, au lieu d’améliorer la condition des populations africaines, l’ont empirée ainsi que le montre bien la quatrième nouvelle (“L’Homme”) qui raconte la répression sanglante de tout un village qui avait donné l’asile à l’assassin du “Président-fondateur”.

En plus de critiquer le système politique, administratif, social calqué sur le modèle occidental qualifié abusivement de moderne par certains esprits superficiels, l’ouvrage remet en question certaines croyances, la sorcellerie qui provoquerait la sécheresse, les traditions africaines qui n’encouragent pas les mariages intertribaux ou infériorisent la femme. De plus, il ne se prive pas de railler cette Afrique où des gens se disant matérialistes et ayant “reçu une formation idéologique pendant six ans à Moscou” croient dur comme fer avoir été ensorcelés par l’oncle ou la tante du village et sont les premiers à courir chez le féticheur ou le marabout.

La seconde nouvelle (“Une Journée dans la vie d’Augustine Amaya”) n’est pas sans rappeler “Le Mandat” de Sembène Ousmane dans la mesure où Amaya y est confrontée à une bureaucratie brouillonne, inefficace et abusant de son pouvoir dans ce Congo marxiste-léniniste que Dongala n’hésite pas à considérer comme un “goulag tropical”. En effet, cela faisait trois jours qu’Amaya avait perdu sa carte d’identité au poste de police du Beach. “Debout depuis cinq heures du matin afin de se trouver parmi les premières à passer”, elle recevra pourtant la réponse suivante : “Comme il est déjà midi, revenez cet après-midi à quatorze heures.” Quand Amaya sortit du bureau du policier, elle vit les douaniers qui “empoignaient les commerçantes, les rudoyaient, aboyaient des ordres, n’hésitant pas à lever la chicotte quand elles ne s’exécutaient pas assez vite à leur gré ou, alors, ils confisquaient les marchandises qu’ils ne rendaient que contre gratification”.

Face à de tels abus, comment “se figurer un monde où les citoyens et citoyennes seraient traités avec un peu plus de dignité, de compassion et de compréhension”? Comment penser que l’Afrique pourrait s’en sortir un jour ?

On le voit : l’auteur de “Jazz et Vin de palme”, se montre pessimiste quant à la capacité de l’Afrique à être elle-même, à trouver sa propre voie et à offrir à ses enfants autre chose que la dictature, les coups d’État, les détournements de fonds publics, le tribalisme, les brimades injustifiées, la corruption, la désinvolture et le laxisme des petits fonctionnaires, etc.

Bien que pessimiste, Emmanuel Dongala n’est jamais en panne d’humoiur caustique pour raconter la misère et la souffrance des petites gens. De ce chimiste passionné d’écriture, il ne serait point exagéré d’affirmer que sa plume instruit, informe et fustige les tares de la société africaine en faisant rire. “Castigat ridendo mores”, disait le latiniste français Jean de Santeul.

Ph: DR-: Emmanuel Dongala, auteur

Exilé aux États-Unis depuis 1997, Dongala a écrit trois romans : “Un fusil dans la main, un poème dans la poche” (Albin Michel, 1974), “Le Feu des origines” (Albin Michel, 1987) qui obtient le Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire l’année suivante et “Johnny, Chien méchant” (Le Serpent à plumes, 2002). Né en 1941 d’un père congolais et d’une mère centrafricaine, Dongala est convaincu que c’est la science qui sauvera l’Afrique.

Jean-Claude DJEREKE


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