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Addis-Abeba / 6ème Forum africain sur la Science, la Technologie et l’Innovation : La ZLECAf comme tremplin pour le développement de la STI en Afrique


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Ph/DR: Les panélistes recommandent d’investir sur le renforcement du capital humain.

« Il faut parier sur l’innovation technologique en mutualisant nos ressources minières ».

Au deuxième jour  du 6ème Forum sur la Science, la Technologie et l’Innovation, s’ouvre un dialogue politique sur l’utilisation de la Zone de Libre-échange continentale africaine (ZLECAf ) comme tremplin pour le développement durable des Etats du continent. Les panélistes recommandent les actions suivantes  :Investir dans le capital humain ; renforcer la chaîne de valeur et parier sur l’innovation technologique en mutualisant les ressources minières en Afrique.

Aline ASSANKPON

Un panel de haut niveau modéré par Mme Mandry Ntshani, Directrice de la Coopération multilatérale pour l’Afrique du Département de la science et de l’innovation en Afrique du Sud avec d’éminents Experts et Délégués prenant part à ce forum en présentiel et en ligne.

Dans son introduction, la modératrice du panel de discussion rappelle que nous sommes toujours au-dessus de 1% par rapport à la publication sur la technologie et l’innovation sur le continent. « Il suffit d’utiliser la Science, la Technologie et l’Innovation (STI) pour stimuler la croissance économique et la diffusion des connaissances, tant au niveau structurel que sectoriel. La science et la technologie sont essentielles pour combler les lacunes existantes dans la fragmentation des marchés du continent et faciliter non seulement l’investissement  mais aussi stimuler l’industrialisation » a déclaré Mandry Ntshani.

Ce dialogue politique initié en prélude au 10ème Forum régional du Développement Durable (FRADD-10), a le mérite d’aborder la question sur la ZLECAf et d’explorer tous ses contours, notamment : le rôle que la science et l’innovation devraient jouer dans la phase opérationnelle de la ZLECAf. A l’inverse, quel rôle peut jouer la ZLECAf pour soutenir les innovations et comment contribuer à la croissance économique de nos pays ? La ZLECAf peut-elle combler le déficit d’investissement dans la science, la technologie et l’innovation ?  Comment appuyer la commercialisation de nos ressources ?

Tour à tour, les panélistes ont apporté des réponses à ces différentes questions. Du Prof Fiona Tregenna (en ligne), Chaire de recherche sud-africaine sur le développement industriel, Université de Johannesburg (Afrique du Sud), au Dr Phiyani Lebea, Directeur scientifique, Tokabio (Afrique du Sud), en passant par  Dr Tozamile Rubuluza, Gestionnaire de portefeuille, Agence d’innovation technologique (Afrique du Sud) et Nkem Khumbah, Chef, Politiques et partenariats en matière de science, de technologie et d’innovation, Académie africaine des sciences du Kenya, tous convergent vers les mêmes recommandations : Investir dans le capital humain ; renforcer la chaîne de valeur et parier sur l’innovation technologique en mutualisant les ressources minières en Afrique.

 

 « Généralement sur le continent, lorsqu’on parle d’agriculture sur le plan des plantes ou des bétails ; que ce soit l’agriculture productive, de pointe, que faisons-nous pour palier au secteur privé ou public pour garantir la sécurité alimentaire afin de nourrir tout le monde ?  Puisqu’à travers l’agriculture, on obtient également la nourriture du bétail  pour le développement de l’élevage » indique Prof Nkem Khumbah.

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« Dans le cadre de la ZLECAf, il faut aider les groupes qui travaillent dans le secteur des bétails à accéder à des marchés mondiaux. Le problème est comment harmoniser les normes nécessaires en matière de régulation sanitaire par exemple. Avec les différentes organisations internationales qui traitent ces sujets. Sur le continent existent des normes, il revient au secteur privé et public d’exploiter ces opportunités pour renforcer les chaines de valeur par le biais des biotechnologies ».

De l’avis du Prof Nkem Khumbah, les efforts qui sont faits au niveau de l’Union africaine, pour intégrer la ZLECAf, il ressort que tout le monde ne peut tout faire ; car il s’agit de la capacité humaine, du capital humain et des compétences de chaque pays. « La technologie, c’est un sujet très large. Par exemple, le système Swift qui nous permet de faire du commerce, du transport, c’est la technologie et tout est en lien avec la technologie. Ce qui veut dire qu’il faut amener l’expertise dans les différents domaines d’architectures du continent, l’y intégrer dans les différents systèmes des régions de l’Afrique comme la SADC, la CEDEAO ».

« La ZLECAf peut être quelque chose de positif sur le papier ; mais il doit soutenir et renforcer les capacités des personnes sur le terrain pour obtenir des résultats. Au niveau des Universités, on peut évoquer la mobilité par rapport à l’harmonisation des certifications. Tout ceci doit être centralisé au niveau régional et nécessite une bonne compréhension de la géopolitique, de la géo-technologie et de la géoéconomique. Tout doit être fait au niveau de la région et cela dépend des compétences ».

Il est également noté que tous les pays disposent d’une agence d’innovation, financée et attachée au Ministère de l’Economie ou au système universitaire qui crée des centres de pools d’innovation. La ZLECAF peut intervenir dans la mobilité et le transfert des connaissances et se pencher sur la connexion de ces différentes agences pour qu’elles puissent interagir les unes avec les autres. L’architecture de la ZLECAf pour le continent devrait correspondre aux institutions qui fournissent des technologies pour rendre possible cela, il faut un lien entre les praticiens et le niveau politique. Un effort doit être fait pour harmoniser toutes les innovations sur le continent. La ZLECAf peut donc se pencher sur tous ces éléments.  « De tous les aspects au niveau du capital humain, des ministères et des agences d’innovation, il faut une interconnexion pour fournir des résultats au Secrétariat de la ZLECAf. Aussi, on peut élaborer comment les pays peuvent se soutenir les uns, les autres au niveau de la compétitivité de l’innovation. Bien sûr, l’important, c’est la technologie qui prend en compte tous ces éléments » a martelé Nkem Khumbah.

Dans la mise en œuvre de la ZLECAf, il revient à impliquer le secteur privé en demandant aux entreprises privées, si elles veulent rester au niveau national ou elles veulent capter les marchés régionaux ? Quelles sont les opportunités qu’on peut tirer dans la mise en œuvre de la ZLECAf ? Comment la ZLECAf traite ces aspects de la question avec les politiques nationales.

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« Il urge donc un besoin de renforcement de l’écosystème qui nécessite de partenariats pour former les consortiums existants (les agences de l’innovation) par rapport à la technologie » observe Dr Tozamile Rubuluza, Gestionnaire de portefeuille, d’Agence d’innovation technologique énergétique en Afrique du Sud.

Intervenant dans le domaine de la technologie, l’innovation et de l’Energie, Tozamile Rubuluza déclare : « qu’en matière de l’énergie, il faut adopter ce qui fonctionne déjà dans d’autres pays. Sur le continent, nous sommes en majorité des pays à faible revenus et nous n’adoptons toujours pas les technologies qui correspondent à notre environnement. Essayons donc de regarder les pays qui font similaire ».

« En Afrique du Sud, nous avons identifié d’hydrogène vert, cela peut soutenir la lutte contre le changement climatique. Nous améliorons ainsi notre économie à travers les ressources renouvelables, le vent, le soleil, les minerais qui sont nécessaires dans la chaîne des valeurs de production de l’hydrogène vert. Pour être compétitif, nous avons besoin des situations, de les adopter et de faire face à ses problèmes » a-t-il ajouté pour rappeler des difficultés existent toujours sur dans l’innovation mais il faut les affronter.

Quant à la question relative à la recherche et au développement, Dr Phiyani Lebea, Directeur scientifique, Tokabio (Afrique du Sud) est invité à déterminer quelles sont les interventions politiques nécessaires, en particulier aux niveaux régional et national, pour débloquer les opportunités présentées par la phase d’opérationnalisation de la STI et expliquer à un niveau pratique comment les différents aspects de la phase d’opérationnalisation peuvent être surveillés.

« Il faut que nous travaillions ensemble ; que nous soyons un seul et même bloc pour collaborer tous ensemble. Il faut des politiques qui se concentrent sur l’élaboration continentale des stratégies régionales et communautaires » préconise Phiyani Lebea.

La nécessité d’investir massivement dans la recherche et le développement dans tous les secteurs et dans tous les pays. « Je pense que, concernant la recherche et le développement, on peut faire en sorte que le continent développe son propre capital humain. Dans ce cas, il faut faire une cartographie de ce qui existe sur le continent ; notre secteur privé doit améliorer leurs productions, une amélioration interne en matière de recherche et de développement. Il faut examiner tous les aspects de la recherche du point de vue technique, politique, ce faisant, nous aurons l’expertise nécessaire pour nous positionner en tant que continent. La recherche et le développement, c’est le secret et la base de tout développement technologique» a déclaré Dr Lebae.

Dans quelle industrie l’Afrique doit-elle se diriger ? Quelles sont les opportunités que l’Afrique doit-elle saisir pour réussir dans la recherche et le développement ?

Dr Lebae indique que l’Afrique est un continent qui dispose de toutes les ressources pour son développement, mais il faut travailler sur la valeur ajoutée des ressources du continent, c’est-à-dire des matières premières.

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« Lorsqu’on prend la RDCongo qui dispose des minerais et du colbat, il doit en principe travailler sur la valeur ajoutée de ces ressources sur place et ne plus les exporter en l’état. Pour y arriver, il faut investir sur le capital humain ».

« Voyez la côte Ouest-africaine, de l’Angola au Sénégal, il n’existe aucun programme d’ingénieries pour transformer les ressources que regorgent ces côtes. Il faut également renforcer le capital humain, aligner les investissements dans l’éducation sur la recherche et le développement » observe-t-il en poursuivant : « Cependant, on note une déconnexion entre les ressources, la recherche et le développement et les ressources humaines dans ce continent. Nous comptons toujours sur les ressources venues de l’extérieur. C’est ça le moteur de développement du continent. La ZLECAf devrait se pencher sur toutes ces questions ».

En ligne, le Prof Fiona Tregenna, Chaire de recherche sud-africaine sur le développement industriel, Université de Johannesburg (Afrique du Sud) va aborder pour sa part, l’Opérationnalisation de la ZLECAf : Comment établir le lien entre la ZLECAf et le développement industriel ? L’intégration régionale peut être alignée au développement industriel ?

« Dans le cadre de l’opérationnalisation de la ZLECAf, il nous faut assurer la mobilité des transactions sur le continent. L’intégration va au-delà de la levée des barrières commerciales. Il faut que les capacités soient utilisées comme valeur ajoutée. Si nous utilisons les capacités existantes dans un pays, cela paraitra comme un facteur de développement ».

Pour opérationnaliser la ZLECAf,  il faudrait identifier les secteurs qui ont du potentiel par exemple, le secteur automobile, on pourrait utiliser ces leviers. Il y a des opportunités dans les puces électroniques des portables. Et si rien n’est fait, nous allons toujours continuer à importer ces produits à des conditions très défavorables conseille-t-elle.

« Les pays africains sont dans une phase d’industrialisation très jeune et pourtant nous disposons des ressources minières : la valeur ajoutée, la transformation, l’innovation en utilisant les progrès techniques qu’on peut améliorer. L’Afrique dispose du cobalt, mais comment les transformer ? Nous exportons nos ressources minières en l’état brut, il faut désormais y ajouter de la valeur en les transformant sur place pour assurer notre développement ».

Comment l’Afrique peut-être protectrice de ses ressources, comment peut-elle les utiliser dans le cadre de l’industrie de l’automobile ? « Il faut parier sur l’innovation technologique en utilisant nos ressources. Nous avons besoin de développer nos ressources humaines ; autrement, nous serons toujours en retard et ne cesserons de répéter ces concepts désuets qui ne nous avancent pas. Il faut rassembler toutes les capacités productives, les mettre en pools parce que nos pays sont de tailles réduites, il faut mutualiser les ressources dont nous disposons : connecter les systèmes d’innovation et les technologies pour ne pas toujours essayer d’inventer la houe. Travailler sur l’industrialisation de nos ressources. Donc, cette vision d’intégration de l’innovation de l’industrialisation peut être un facteur de développement du continent ».


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