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Vient de paraître : COVID-19, Enjeux linguistiques et Terminologies pour la Communication de Crise sanitaire (Dr Charles D. LIGAN )


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Reçu sur le plateau du 5/7 à l’Ortb, Dr Charles Dossou Ligan a présenté ce vendredi, son livre sur la communication en langue nationale autour de la pandémie du Covid-19.  « COVID-19, Enjeux Linguistiques et Terminologies pour la Communication de Crise sanitaire », c’est le titre de l’ouvrage à travers lequel il invite les journalistes et animateurs en langue nationale à approprier son contenu afin d’utiliser les terminologies appropriées efficaces, relatives à la maladie du Coronavirus.

Dans la lutte inlassable contre la pandémie de la Coronavirus qui ne laisse personne et aucun pays indifférent, l’auteur, Dr Charles D. Ligan, de son statut d’Enseignant-chercheur et de linguiste, s’est assigné le devoir d’apporter sa contribution  dans le domaine de la communication médiatique où il est question de faire une masse d’information et de sensibilisation. Son objectif : Rendre service à la communauté en général et aux médias en langues nationales (journalistes et animateurs) des radios et télévisions en particulier.

Conçu et rédigé, l’ouvrage de 175 pages est partitionné en cinq (5) chapitres qui s’articulent autour des questionnements ; notamment : D’où vient le thème COVID-19 ? Pourquoi s’utilise-t-il au féminin et au masculin ? Qu’est-ce qui justifie le malaise des communicateurs en langues nationales à nommer la Coronavirus et la maladie du Coronavirus ? Comment peut-on les désigner en langues nationales ? Et enfin, quelles terminologies pour des communications médiatiques, efficaces, relatives à la maladie du Coronavirus ?

De profondes  recherches, analyses pédagogiques et opérations linguistiques ont permis à l’auteur, d’établir des réponses à ces différentes préoccupations articulées en termes de chapitre. Selon lui, le temps de la recherche ne coïncide pas forcément avec le temps de la communication et surtout de la communication de crise : « Il faut communiquer très rapidement. Avoir les éléments qu’il faut et être permanent sur la communication et trouver les mots justes ».

Le contexte est bien révélateur : « Ici, nous sommes en face d’une pandémie extraordinaire, c’est une réalité qui n’est pas connue des pays d’Afrique. Pour pouvoir désigner cette réalité-là, les communicateurs en langues nationales, ont eu beaucoup de mal. Jusqu’à l’heure où je vous parle, je n’ai pu entendre sur aucune chaîne de radio, quelqu’un qui ait pu désigner un thème qui puisse désigner du point de vue globale Coronavirus ou la maladie Coronavirus » justifie Dr Ligan.

Une banalisation face à une pandémie meurtrière

En effet, dans la masse populaire  et certains médias, on note plusieurs fantaisies linguistiques qui en rajoutent à la psychose, à la banalisation et même au dénie de la maladie ou de la pandémie de la Covid-19. Dr Ligan reconnait d’abord dans ce contexte que « Lorsqu’on n’a pas un thème approprié pour désigner la chose, ça veut dire que la chose n’existe pas ; c’est quelque chose d’irréelle, d’inexistant. Et ces expressions sont utilisées dans les communications, les comportements pour dire par exemple : « oublier cette affaire-là, c’est un truc des blancs, etc, des expressions qui instauraient un royaume de banalisation. Et pourtant, il s’agit d’une pandémie meurtrière ».

Une translittération pas très adaptée

Bien que le malaise de désignation du Covid-19 en langues nationales trouve  sa justification dans la réalité d’un phénomène nouveau, il est évident que la fonction naturelle de toutes langues est de nommer et de servir d’instrument de communication. Du coup, la solution de facilité qui s’offre très souvent aux animateurs et à la population, c’est les emprunts.

«On ne peut pas nommer des réalités qui ne font pas parties de l’expérience des dépositaires de langues. C’est-à-dire que, lorsque vous voulez nommer un phénomène, une situation, une réalité, un objet mais qui ne fait pas partie de vos expériences, ni connue des gens de votre milieu, vous aurez beaucoup de mal à désigner ou à nommer cette réalité ou ce phénomène-là » justifie l’auteur avant de se mettre dans sa posture d’Enseignant, de terminologue, linguiste.

«Tous les communicateurs en langue nationale sont allés vers cette solution de facilité, plus certaines opérations linguistiques que nous appelons  parfois la translittération.  Par exemple, Coronavirus (Colonavilissi). Dans le parlé  « Gbé »  faisant partie d’un groupe de 26 langues dont  gun, fon, Adja, etc. Dans ces parlés-là, les phonèmes  « lô et rô » sont appelés des variantes libres qu’on peut inter-changer. Des gens disent radio et d’autres « ladio » ça veut dire la même chose ; pareil pour  Gari et « Gali » pour désigner la farine du manioc. De ce point de vue, ils disent « Colona » au lieu de Corona.  Ce faisant, ils ont trouvé la formule pour incorporer cet emprunt dans la langue patrimoniale. Pour  « Virus » il fallait ajouter une voyelle qui s’y prête bien par rapport à la consonne précédente pour que ça soit bien adaptée à l’oreille des locuteurs d’où  » Vilissi » ».

Comment communiquer en période de crise sanitaire ?

Pour répondre à la question, comment peut-on alors désigner le thème Coronavirus, l’auteur a battu un certain nombre d’hypothèses pour  démontrer les différentes appellations possibles à partir des dérivés. Et pour ne pas transgresser certaines normes linguistiques, il a fini par trouver l’appellation convenable  avec trois syllabes : núkɛ̀nnɔ̀ (coronavirus) et núkɛ̀nzɔn (maladie à coronavirus ou COVID-19) «Donc à partir de  » nú-kɛ̀n-zɔn » on peut composer le thème Covid-19 ;  » núkɛ̀nzɔn, « Zon » qui vient de « Azon »  qui désigne la maladie ». Il s’agit des termes construits pour faciliter la désignation à toutes les personnes appelées à communiquer sur la pandémie dans les langues de l’aire culturelle Ajatado.

En effet, l’ouvrage est rédigé en langue française et propose dans son cinquième chapitre un lexique thématique pour designer les termes relevant du champ lexical de la maladie à coronavirus en gungbè. Le gungbè ou gun est une langue béninoise également parlée dans les États du Sud du Nigéria.

L’ouvrage  c’est aussi des démonstrations sémantiques, des thèmes, mots, éléments, liés à la communication sur la crise et qui désignent plusieurs maladies avec des signes et symptômes de maladie, etc.  C’est également aller à la découverte des mots ; avoir une vision claire sur certains mots dont par exemple, la différence entre le vaccin et le sérum ; la polémique sur le genre sexué ou asexué (le, la) à utiliser en français  pour désigner le sigle Covid-19 en tant qu’acronyme (le) et en tant que maladie (la), etc.

Ce livre sur la communication médiatique du Covid-19 vient en fait créer le débat sur l’actualité afin que les médias en particulier et la population en général puissent utiliser  désormais les terminologies appropriées. D’ailleurs, l’auteur se propose d’éditer des plaquettes qui seront mises à la disposition des communicateurs et animateurs en langues nationales béninois. En attendant le livre est déjà disponible dans les librairies de la place.

Ph: DR-: Dr Charles Dossou LIGAN

Dr Charles Dossou Ligan, précédemment journaliste puis Chef service Développement des Ressources à l’ORTB, est actuellement Enseignant-chercheur de linguistique, de la terminologie et des politiques linguistiques à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC).

Aline ASSANKPON


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