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Interview avec M. Abel Gbétoénonmon, Journaliste économique, Coordonnateur de l’Agence Afrique Performance: « La femme s’occupe de l’amélioration de l’état nutritionnel du ménage tandis que l’homme fait des dépenses de prestige… »

Ph: Dr- M. Abel Gbétoénonmon, Journaliste économique, Coordonnateur de l’Agence Afrique Performance

Ph: Dr- M. Abel Gbétoénonmon, Journaliste économique, Coordonnateur de l’Agence Afrique Performance

Coordonnateur de l’Agence d’information Afrique Performance, M. Abel Gbètoénonmon est journaliste économique, analyste des questions économiques et de développement. A travers cet entretien, il analyse les clivages qui bloquent  l’épanouissement la femme en milieu rural aussi bien qu’en milieu urbain et préconise comme mesures correctives, le renforcement du capital humain qui est une question transversale.

(Propos recueillis par : Aline ASSANKPON)

L-integration.com : M. Gbètoénonmon, que peut-on retenir concrètement de votre communication sur  «La politique agricole au Bénin : situation de la politique actuelle en lien avec l’accès des femmes à la terre ».

Abel Gbétoénonmon : L’essentiel à retenir en matière de politique économique et de politique agricole, les femmes constituent un acteur majeur pour plusieurs raisons. Je citerai certaines, parce qu’en matière de production agricole pour la nourriture, c’est pratiquement l’acteur leader qui assure 60 à 80 % de l’effort en matière de production de la nourriture. A partir de là, on se rend compte que bien que jouant ce rôle important, étant un acteur majeur pour la mise en œuvre des politiques agricoles et de la sécurité alimentaire ; la prise en compte de ces facteurs dans la déclinaison des politiques, peut leur permettre de bien faire leur job de façon épanouie et fiable.

Les efforts à faire pour mettre en place un certain nombre de dispositifs pour permettre à la femme d’avoir un meilleur accès aux ressources. La ressource la plus importante en matière d’agriculture c’est la terre.

Il est tout à fait normal que lorsqu’on veut parler de l’accès des femmes à la terre, l’un des éléments de plaidoyer qu’il faut utiliser suffisamment dans les argumentaires vis-à-vis des autorités, c’est le rôle majeur que la femme joue en matière de la production agricole ; notamment en ce qui concerne la sécurité alimentaire nutritionnelle.

Cela est d’autant plus nécessaire qu’on sait que par naissance l’agriculture a un certain nombre de fonctions non marchandes dont la sécurité alimentaire nutritionnelle. C’est-à-dire, le prix auquel on vend un produit alimentaire au marché ne permet pas nécessairement de rétribuer. Et donc comme le marché ne peut pas rétribuer entièrement l’effort d’un acteur dans un domaine donné, l’Etat vient pour prendre en charge la contrepartie à travers des subventions et un certain nombre d’appuis spécifiques qui vont vers la communauté pour leur permettre de mieux faire son travail.

Il est bel et bien possible, lorsqu’on voit le niveau des femmes, les modes dominants d’accès à la terre, on peut faire en sorte qu’elles soient accompagnées pour avoir accès à la terre par des modes plus sécurisés ; pour que cela puisse leur permettre d’avoir à terme des titres de propriété sur la terre, capables de leur ouvrir des opportunités de crédits, de diversification de leurs activités agricoles et d’amélioration de l’état nutritionnel des membres de son ménage.

Lorsque l’homme a 100 F et la femme a 100F, lorsqu’on regarde les 100F que chacun d’eux consacre à la nourriture du ménage, on se rend compte que plus 70% des 100F de la femme vont vers le ménage, tandis que 30 % des 100F de l’homme vont vers le ménage. Cela ne veut pas dire que l’homme fait nécessairement des dépenses inutiles ; il fait des dépenses de prestiges c’est-à-dire acheter un terrain, une voiture, construire, etc. Alors que pour ce qui concerne l’amélioration de l’état nutritionnel du ménage, c’est la femme.

N’est-ce pas ce qui justifie le comportement des hommes qui n’acceptent pas que la femme s’investisse aussi dans ces dépenses de prestige ?

Oui, c’est tout ça, les pesanteurs sociologiques qui ne sont pas qu’en milieu rural. C’est vrai qu’ici, nous avons plus indexé les femmes en milieu rural ; mais ce qui est constaté en milieu rural, existe sous d’autres formes en milieu urbain. Il y a bel et bien des femmes qui, universitaires de haut niveau, sont dans des situations de femmes soumises tout simplement parce que l’homme qui est leur époux, n’a pas compris que, il y a nécessité d’assurer l’épanouissement de la femme, lui donner la possibilité de faire ce qu’elle veut et de l’accompagner si possible.

Par ailleurs, vous recommandez le renforcement du capital humain dans vos conclusions.

Le renforcement du capital humain est une question transversale aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Mais pour les hommes, c’est beaucoup plus d’acuité parce que leur niveau d’éducation par rapport au niveau d’éducation des hommes est très bas ; donc il y a lieu de procéder à ce qu’on appelle des mesures discriminatoires (encore appelées discriminations positives). Parce qu’on remarque qu’il y a d’autres contraintes qui empêchent la femme de faire des études à l’image des hommes.

Déjà l’éducation à la base donnée à nos enfants est un sous bassement de cette discrimination : quand ils sont enfants dans nos maisons, on donne la possibilité au garçon d’aller jouer avec ses amis, d’étudier à plein temps, tandis que sa sœur qui revient de l’école comme lui, qui a les mêmes devoirs à faire, doit d’abord aller à la cuisine pour aider la maman à puiser de l’eau, à préparer, à faire la vaisselle, à préparer le repas du soir, etc, et ce n’est qu’après qu’elle pourra faire ses devoirs. C’est déjà à ce niveau qu’il faut corriger ces clichés.

Les clichés qu’on ne corrige pas à ce niveau, c’est difficile ; parce que quand l’enfant garçon est éduqué dans cette ambiance-là où on lui montre qu’il est pratiquement le roi et que l’autre n’est qu’une princesse soumise à sa souveraineté, quand il va grandir et se marie, il garde toujours cette appréhension qu’on a inculquée dans son subconscient. C’est pourquoi je dis que c’est déjà à ce niveau qu’on doit accompagner les familles à faire ce qu’on appelle l’éducation des enfants, une éducation non discriminatoire.

Et après ça, il y a d’autres contraintes qui interviennent c’est-à-dire, une grossesse qui intervient n’empêche pas le garçon d’aller à l’école tandis que la fille est contrainte d’observer au moins les trois derniers mois à la maison si elle a suffisamment de capacités de supporter les injures et toutes les récriminations. Donc au regard de cette capacité des femmes, moi je dis qu’on n’a pas besoin de faire d’autres études, pour dire que la femme est plus intelligente que l’homme ; car en dehors des contraintes domestiques elle réussisse le plus souvent que des hommes. Il suffit de voir la proportion du temps que la femme consacre à ses études et celle que l’homme consacre aux mêmes études, on se rend compte que la femme consacre moins de temps aux études pour le même résultat que l’homme qui y consacre plus de temps.

Pourtant, dans beaucoup d’éducation scolaire et universitaire, on se rend compte aujourd’hui qu’il y a des femmes bien qu’étant dans cette situation d’éducation discriminatoire, de clivage, ça ne les empêche pas de briller. Je suppose que Dieu les a dotées de la faculté à être plus intelligente que les hommes.

 

Encadré: La politique agricole au Bénin : situation de la politique actuelle en lien avec l’accès des femmes à la terre

Selon le communicateur de cette thématique, la terre est un facteur déterminant de bien-être économique et social. « Un facteur déterminant et dominant de production de la nourriture ; un enjeu de droits humains (au sens large), de sécurité alimentaire, de croissance inclusive et d’autonomisation des femmes » analyse M. Abel Gbètonénonmon.

Ph: Dr-:  : M. Abel Gbètoénonmon« Il y a des femmes bien qu’étant dans cette situation d’éducation discriminatoire, réussissent… »

Ph: Dr-: : M. Abel Gbètoénonmon« Il y a des femmes bien qu’étant dans cette situation d’éducation discriminatoire, réussissent… »

Contribution de la femme à la sécurité alimentaire

Une analyse de corrélation entre accès de la femme à la terre et sa contribution à la sécurité alimentaire révèle que « la sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine ». (Sommet mondial de l’alimentation, 1996).

Il souligne par ailleurs que la sécurité alimentaire s’appréhende à travers quatre dimensions principales : la disponibilité, l’accessibilité, l’utilisation des aliments et la stabilité. Pour chacune d’elles, les femmes ont des contributions spécifiques qui pourraient s’améliorer avec un meilleur accès au foncier.

Au regard de ces quatre dimensions, des tendances sont à infléchir et à corriger et la prise en compte de la division sexuelle du travail. Il s’agit notamment de : Mettre en place des mesures incitatives pour l’accès des femmes rurales au foncier ; Mettre en place des mesures correctives des disparités et discriminations liées au sexe pour l’accès des femmes au foncier ; Consolider et rendre opérationnels les instruments juridiques ; Concevoir et mettre en place des instruments et mesures de politiques économiques sensibles genre et infléchir les tendances lourdes et corriger les faiblesses (Information-communication et éducation). L’éducation qui doit passer par le renforcement du capital humain. (A.A.)

— Toutestgrace

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