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L’Economie alimentaire: Un gisement d’opportunités et vecteur d’emplois

Ph: DR-: Laurent BOSSARD Directeur CSAO-OCDE

Ph: DR-: Laurent BOSSARD Directeur CSAO-OCDE

Selon une étude du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO), l’économie alimentaire ouest-africaine s’élève à 178 milliards de dollars US. Le marché alimentaire est le premier débouché des producteurs agricoles donc le premier vecteur de l’emploi du secteur économique. Sous l’influence de la pression démographique, de l’urbanisation et de la croissance des revenus, la taille et la structure de l’économie alimentaire connaitront davantage un progrès fulgurant sur les prochaines décennies.

Les activités non agricoles génèrent déjà 40% de la valeur ajoutée de l’économie alimentaire et les activités agricoles 60%. Le développement des activités post-récolte telles que la transformation alimentaire, l’emballage, le transport et la distribution constitue donc une évolution majeure du secteur et vecteur d’emplois. 70% soit 126 milliards de dollars US de l’économie alimentaire est échangée sur les marchés ouest-africains révèle l’étude.

En milieu urbain 90% de l’alimentation est assuré par les marchés contre 50% en milieu rural. En raison notamment de l’insuffisance d’infrastructures et de l’inefficacité de la chaîne logistique. Les prix alimentaire en Afrique de l’Ouest sont à 30 à 40 % plus élevés que dans les autres régions du monde à revenus comparables.

La réduction des prix et l’amélioration de l’accès à l’alimentation passeront par plus d’investissement dans les infrastructures de transport, de stockage, d’approvisionnement en électricité, ainsi que par des progrès en matière de services logistiques, d’accès aux financements et de climat des affaires. L’industrie de la transformation alimentaire à elle seule, progresse de 7 % par an depuis 2000 au Sénégal par exemple. L’agro-industrie est le premier employeur du secteur manufacturier.

Des chiffres qui augurent de bonnes nouvelles en perspectives

Le marché alimentaire régional devient donc le premier débouché des producteurs agricoles de la région puisqu’il est 9 fois plus important que le marché à l’export. Selon une étude sur la croissance du marché régional, si en 1970, le marché domestique représentait 70 % (consommateurs non producteurs), le marché à l’export était de 30% ; En 1990, le marché domestique est passé à 86% et l’export à 14% ; En 2010, il est passé à 90% et 10% et 2030, le marché domestique passera à 92% pendant que le marché à l’export sera réduit à 8%.

De bonnes nouvelles en perspectives, puisque la population ouest-africaine sera contraint d’ici quelques années de consommer ce qui est produit dans la région et la coopération Sud-Sud connaîtra une croissance. D’où une réponse aux problèmes de chômage et de pauvreté.

« Il faut savoir être fier de soi ; dans cette région de l’Afrique de l’Ouest, la production agricole augmente plus vite que la population et ça c’est un exploit y compris le Bénin. La population augmente très  vite. Or la vérité des statistiques, c’est que la croissance de la production locale, faite par les paysans africains, les transformateurs africains,  les commerçants africains, tous ceux-là fabriquent plus d’alimentation beaucoup plus que la croissance démographique. Donc il faut savoir et l’applaudir »  a déclaré Laurent Bossard, Directeur du CSAO.

Par ailleurs, 93% de la consommation alimentaire ouest-africaine sera assurée par les producteurs de la région, seulement 7% est importée ; 67% de la demande alimentaire sera urbaine avec l’urbanisation puisque les villes représentent une part croissante du marché alimentaire régionale et enfin 33 % de la demande alimentaire sera concentrée dans les villes côtières du Golfe de Guinée.

Les consommateurs, moteurs de changements

De nombreux pays ont développé des politiques volontaristes en matière de promotion des cultures de rente destinées au marché international, comme le coton, le cacao et le caoutchouc, mais ont insuffisamment investi dans les cultures vivrières note les experts. La croissance et les opportunités du marché régional dépassent cependant largement celles des exportations agricoles.

Faciliter l’accès des producteurs aux marchés urbains est primordial si la région doit profiter pleinement des opportunités que lui offre la croissance de son marché domestique. « Le principal investissement qu’il faut, c’est faciliter la fluidité de ces chaînes de valeurs. Quand vous êtes dans un village où il n’y a pas de pistes rurales pour atteindre la route qui mène au marché, vous pouvez produire autant que vous voulez, ça ne servira à rien parce que vous aurez de difficultés pour vendre votre production et si éventuellement les commerçants venaient chercher votre production, ils vous les prendront à prix ridicule parce qu’il n’y aura pas de concurrence, etc. Donc il faut fluidifier, connecter désormais les chaines de valeurs ; chaque élément de la chaîne est connecté à l’autre et constitue une priorité » ajoute M. Bossard.

L’étude rappelle également que la consommation de produits transformés progresse rapidement, tout comme celle des fruits et légumes et de la viande et du poisson. 39% des produits consommés sont des produits transformés. En milieu urbain par exemple, la consommation d’aliments transformés évolue à un taux de 41% et 36% en milieu rural. Une tendance qui concerne aussi bien les ménages urbains que ruraux qui ne consomment que légèrement moins d’aliments transformés soit 50 %. Les consommateurs sont de plus en plus demandeurs de produits faciles à préparer et prêts à consommer. La fraîcheur, la durée de conservation, l’information relative au contenu nutritionnel sont des attributs de plus en plus importants pour les ménages ouest-africains avec une consommation diversifiée.

Ph: DR-: Seules des initiatives comme la production du jus d’ananas béninois - très prisés dans la région ouest-africaine – peuvent relever les défis des enjeux agricoles.

Ph: DR-: Seules des initiatives comme la production du jus d’ananas béninois – très prisés dans la région ouest-africaine – peuvent relever les défis des enjeux agricoles.

La politique économique doit s’adapter aux évolutions de l’économie alimentaire

Face à ce changement de comportement et d’habitude alimentaire, le Directeur du CSAO estime qu’il revienne au Gouvernement de s’aligner non seulement sur les politiques nationales mais surtout sur ce que font les gens et les accompagner.  « En Afrique de l’Ouest en général et au Bénin en particulier, il y a ce qu’on appelle les chaînes de valeurs de plus en plus complexes ; parce qu’il y a 40 ans, la grande majorité des gens mangeait ce qu’il cultivait dans leur champ. Aujourd’hui, plus de deux tiers de tout ce que nous consommons en Afrique passe par le marché.  Ce qui veut dire qu’à côté du producteur, il y a des correcteurs, des grossistes, des décortiqueurs, des transporteurs, des détaillants, etc ».

L’étude recommande que les activités post-récoltes devraient connaître une croissance rapide dans les années à venir compte tenu des prévisions d’évolution de la demande pour les aliments transformés et périssables. Le développement de ces activités exige de nouvelles compétences dans les domaines de la transformation alimentaire, du transport et de la vente.

Les activités post-récoltes des chaînes de valeur alimentaire devraient connaître la croissance la plus rapide. Cependant, seulement 5% du budget est alloué à ces segments dans les plans nationaux d’investissement agricole (PNIA). Plus d’investissements publics doivent être alloués aux segments non agricoles du système alimentaire, du transport à la distribution, en passant par les activités de transformation alimentaire et de conditionnement. Au Sénégal, 6% du budget du PNIA est consacré au développement des activités de distribution et de transformation alimentaire, contre 23% pour le Nigeria par exemple.

L’économie alimentaire offre d’importantes opportunités en matière de création d’emplois et de renforcement de la sécurité alimentaire. Les politiques doivent s’ajuster à ces évolutions structurelles. Les budgets doivent également accorder une place plus importante aux groupes alimentaires en forte croissance. Au Sénégal, 69% du budget du PNIA est alloué aux produits vivriers comme les céréales, alors que 11% est consacré à l’élevage et 5% aux activités de la pêche. Une étude de la Banque mondiale et du Bureau international du travail (BIT) indique que l’agrobusiness est à l’origine de 81% des créations d’emplois dans le secteur informel au Sénégal.

Economie alimentaire et sécurité alimentaire sont étroitement liées. La politique alimentaire doit dépasser les frontières des seuls enjeux agricoles pour relever les défis et saisir les opportunités qu’offrent ces évolutions de l’économie alimentaire.

La disponibilité et l’accessibilité physique aux denrées alimentaires sont désormais conditionnées à la réalisation d’une succession d’activités le long des chaînes de valeur et une frange de plus en plus  importante de la population urbaine et rurale est dépendante de cette économie alimentaire en plein enjeux pour les politiques et les mécanismes de suivi et d’analyse. Ils offrent également des opportunités sans précédent en matière de création de richesses et d’emplois, notamment pour les plus jeunes, de plus en plus nombreux à entrer sur le marché du travail.

Aline ASSANKPON

— Toutestgrace

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