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Financement des économies africaines : Quand la solution béninoise fait école au sommet de Paris


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Ph/DR: Le président français, Emmanuel Macron et le ministre béninois de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni au sommet de Paris

La France a abrité ce 18 mai, un sommet de soutien aux économies africaines durement affectées par la pandémie de Covid-19.  L’objectif de ce sommet est de mettre en place aux pays africains, un soutien financier massif à travers des Droits de tirage spéciaux (DTS) accordés par le Fonds monétaire international (FMI), et de poser les bases d’un nouveau cycle de croissance sur le continent qui vient de faire une crise de récession en 2020. Egalement au menu, la question de de moratoire de la dette. Le Ministre de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni, droit dans ses bottes d’argentier national se réjouit de l’initiative d’émission des DTS et de la position salutaire du Bénin.

Presque tous les pays africains qui ont appelé en 2020 à un soutien international au continent ont pris part au sommet sur le financement des économies africaines organisé par le président français Emmanuel Macron.  Ce sommet de Paris s’inscrit dans le cadre des dispositifs mis en place par le G20 pour soutenir les pays africains dans la lutte contre les effets néfastes de la pandémie de Covid-19. Selon la déclaration finale  rendue publique à la clôture de cette rencontre, les participants ont exprimé le souhait que le Fonds monétaire international (FMI) débloque quelques 100 milliards de dollars pour l’Afrique sous forme des Droits de tirage spéciaux (DTS) afin de fournir des ressources nouvelles aux pays africains.

Ph/DR: L’argentier national, Romuald Wadagni se réjouit de l’initiative d’émission des DTS

Invité de la Radio France international (RFI), le ministre de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni a dit à Christophe Boisbouvier qu’il ne s’agit nullement pas d’un vœu pieu, cette promesse de 100 milliards de dollars.

En réalité selon le ministre Wadagni, cette proposition d’avoir des ressources nouvelles est celle que le Bénin, par la voix du Président Patrice Talon a défendu en avril 2020.  En effet, « le chef de l’Etat béninois avait envoyé une note à l’ensemble des dirigeants du G20 ainsi qu’aux dirigeants des institutions internationales telles que le FMI en proposant trois solutions dont la première était l’utilisation des DTS pour des ressources nouvelles à nos pays » a rappelé le ministre des Finances.

Dans le même temps, le FMI a estimé que les besoins d’urgence pour l’Afrique d’ici 2021 s’élèvent à quelque 285 milliards de dollars. «Donc espérer 100 milliards de dollars n’est pas un vœu pieu » a déclaré le ministre béninois.

Presque à l’unanimité, l’allocation des DTS aux pays africains devient une réalité.  Les participants appellent donc à la solidarité internationale. Cependant pour faire profiter les pays africains qui ont réellement besoin de ressources nouvelles, il faut tout de même que les pays riches qui ont ces DTS en priorité renoncent à leur code-part et acceptent de les réallouer à ceux qui sont dans le besoin.

La France dans sa posture d’apporter un soutien indéfectible aux pays africains, accepte déjà cette demande ; reste encore les Etats-Unis, le Japon et plusieurs autres pays européens. Les Africains en général et le Bénin en particulier peuvent déjà se frotter les mains de ce qu’une partie de cette bataille est gagnée.

Rappelons qu’en 2020, le Bénin était le seul pays à adopter une position différente de celle des autres pays africains qui réclamaient l’annulation de leurs dettes ou un moratoire pour le remboursement des dettes. « Le Bénin à travers le Président Patrice Talon a demandé de réfléchir dans le sens de l’attribution de l’allocation des DTS. C’était le seul pays à faire cette demande. Et aujourd’hui, il y a unanimité autour de cette nouvelle » a rappelé également Romuald Wadagni qui avec assurance poursuit : «Nous sommes convaincus que les pays suivront la proposition française d’aller vers cette allocation».

Quant à la question d’une prorogation du moratoire sur le remboursement de la dette, le sommet a retenu une échéance qui s’étend jusqu’à la fin de l’année 2021. Cette décision de la déclaration finale, peut paraître une bonne nouvelle pour les pays qui ont demandé un moratoire.

Le Bénin est resté fidèle dans sa position.

«Pour le Bénin, le moratoire pour la dette n’est pas une priorité » a confirmé le ministre des Finances. «Nous considérons que les questions de dette pour des situations particulières doivent être traitées au cas par cas, s’agissant de solutions pour l’Afrique en général ; mais il y a des solutions que nous considérons comme privilégiées : c’est celle des allocations des DTS ».

En effet, le Bénin entend préserver sa crédibilité durement acquis aux yeux des institutions financières et sur la place des  marchés financiers. « Notre logique a toujours été de dire que quand on a durement acquis une crédibilité, le premier réflexe c’est de s’assurer des capacités d’honorer ses engagements et donc toutes les solutions qui permettent au pays d’avoir des ressources nouvelles doivent être privilégiées. C’est pour ça que nous nous réjouissons de l’initiative d’émission des DTS ».

 

Certes, des situations particulières de certains pays nécessitent de s’assoir avec les bailleurs pour renégocier, rééchelonner les dettes. « Ces situations peuvent exister et nul ne saurait s’opposer à ça».

Selon Romuald Wadagni, par principe, s’il est possible de trouver des solutions pour avoir de la trésorerie nouvelle, d’être en mesure de toujours honorer ses engagements, il est préférable de partir dans cette direction parce que c’est la direction qui permet de préserver la signature, la crédibilité et la capacité à retourner sur les marchés financiers.

De l’avis du ministre français de l’Economie, Bruno Lemaire, pour régler la question de surendettement des pays africains, il faut que les gens payent les impôts. « Quand vous avez 60 % des dettes, mais seulement 5 % de recettes fiscales, vous n’arrivez pas à rembourser cette dette ».

Romuald Wadagni renchérit en disant qu’en matière d’endettement, le premier point c’est de faire des efforts nécessaires pour accroitre les capacités de mobilisation des recettes internes ; ensuite, faire des réformes pour modéliser les régies ; limiter la corruption, les déperditions sur la chaine des collectes des recettes publiques, et enfin faire tout l’effort possible pour réduire le poids de l’informel et élargir la base fiscale. « Nos pays sont engagés dans ces différentes réformes. Plus nous encaissons, engrangeons plus de ressources propres, plus la capacité d’accès aux financements est grande ».

De même, plus question de contracter des dettes à durée plus ou moins court et à taux élevé de 10% par exemple. Selon l’argentier national, un investissement mal financé entraîne forcément une dette de mauvaise qualité et des problèmes de soutenabilité. Ce qui est fondamental, c’est la mobilisation d’une ressource avec une cohérence entre la durée de l’investissement du projet ; c’est-à-dire, emprunter sur des durées plus longues à des taux plus faibles. Dans ce contexte, « il faut fournir des efforts pour plus de transparence dans le processus de passation des marchés et dans toute la gouvernance qui entoure l’exécution des projets financés par les ressources et éviter la mauvaise gouvernance dans l’exécution du projet » a-t-il expliqué.

Aline ASSANKPON


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