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COVID-19 / Afrique de l’Ouest : Situation alimentaire et nutritionnelle


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Ph: DR: Sahel et Afrique de l’Ouest – Situation alimentaire et nutritionnelle

Alors que l’épidémie de COVID-19 perturbe fortement les voyages et les réunions à travers le monde, le RPCA (Réseau de Prévention des crises alimentaires) a organisé une vidéoconférence le 2 avril 2020, afin de partager les informations essentielles sur la situation alimentaire et nutritionnelle de la région ; la situation sanitaire et les plans de réponse immédiate.

Réunis en conférence virtuelle, les membres du RPCA ont saisi l’occasion pour faire le point sur l’impact de la pandémie de coronavirus (Covid-19) sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la région. Ils appellent l’ensemble des parties prenantes à agir dès maintenant pour venir en aide aux 17 millions de personnes en crise alimentaire et nutritionnelle et aux 50 millions de personnes actuellement sous pression qui risquent de basculer en phase de crise d’ici juin-août 2020. Il est urgent de mobiliser les énergies pour soutenir les pays dans la mise en œuvre de leurs plans nationaux de réponse.

Plus de 200 participants se sont connectés à  cet événement virtuel d’Abuja à Paris, en passant par Accra, Bamako, Dakar, N’Djaména, Niamey, Ouagadougou, Rome et ailleurs. La réunion virtuelle était dédiée à la situation agricole, alimentaire et nutritionnelle, à la validation des résultats du Cadre harmonisé, ainsi qu’à la mise en œuvre des plans de réponse.

Situation alimentaire et nutritionnelle


Environ 11.4 millions de personnes sont en besoin d’assistance immédiate (phases 3-5) en mars-mai 2020 dans les 13 pays analysés de la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest : 5.1 millions au Nigéria, 1.6 million au Niger, 1.6 million au Burkina Faso et 1 million en Sierra Leone. La situation demeure préoccupante dans les zones d’insécurité, notamment dans le bassin du lac Tchad, au Liptako-Gourma ainsi qu’au nord et au nord-ouest du Nigéria.

En juin-août 2020, 17 millions de personnes (6.2 %) risquent d’être en situation de crise ou pire, dont 1.2 million en situation d’urgence (phase 4), si les mesures nécessaires ne sont pas prises à court terme ; soit plus du double du nombre de personnes touchées en année moyenne. Cette aggravation est essentiellement due à la situation sécuritaire. Les crises sanitaire et sécuritaire pourraient faire basculer plus de 50 millions de personnes supplémentaires (actuellement sous-pression) dans une situation de crise alimentaire.

La malnutrition aiguë persiste dans la région. Elle affecte près de 2.5 millions d’enfants de moins de 5 ans dans le Sahel. Les mauvaises pratiques nutritionnelles et l’insuffisance de réponses préventives, la fermeture des centres de santé et l’arrêt des activités courantes de gestion de la malnutrition aiguë en sont les principales causes.

La production céréalière de la campagne 2019-20 est estimée à 74 millions de tonnes, en légère hausse de 0.4 % par rapport à la dernière campagne et de 12 % à la moyenne des cinq dernières années. Des baisses importantes sont cependant observées au Cabo Verde (-80 %), en Gambie (-47 %), en Sierra Leone (-15 %) et au Niger (-6 %) par rapport à la production moyenne des cinq dernières années. La production de racines et de tubercules est de 190 millions de tonnes ; supérieure de près de 16 % à la moyenne des cinq dernières années.

Campagne agropastorale

La situation pastorale est tendue en raison d’importants déficits fourragers au Sénégal, en Mauritanie et par endroits au Mali et au Niger, des mesures de restriction de la transhumance transfrontalière, mais aussi de l’inaccessibilité des troupeaux aux pâturages du fait de la crise sécuritaire ; celle-ci sera davantage aggravée par les entraves à la mobilité liées au Covid-19.

Les marchés vivriers sont normalement approvisionnés, même si une tendance haussière des prix est observée depuis le début de l’année. Cette hausse pourrait d’ailleurs s’accélérer si les entraves à la mobilité liées au Covid-19 persistent et si les populations décident de constituer des stocks.

Ensuite l’impact du COVID-19

Les mesures destinées à freiner la propagation du virus (fermeture des commerces non essentiels, fermeture ou restriction des marchés et limitation de la mobilité) sont porteuses d’importantes perturbations dans l’approvisionnement des marchés, de pertes de revenus et de fortes dégradations des moyens d’existence des populations les plus vulnérables. Les membres du RPCA ont décidé de mettre en place un dispositif de veille et d’évaluation permanente des conséquences de la pandémie de Covid-19 sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle en milieux rural et urbain.

Selon la conférence, les risques liés à la pandémie de Covid-19 entre autres : l’effondrement de la production agricole vivrière pendant la présente campagne agropastorale du fait de difficultés d’accès aux facteurs de production (intrants, crédit et conseil agricoles) et du dysfonctionnement des chaînes de collecte, transformation et distribution ; la dépendance accrue de la région aux importations extra-africaines en cas d’effondrement durable des systèmes alimentaires locaux et d’une flambée des prix des denrées alimentaires importées en cas de fortes perturbations du marché international à l’instar de la crise de 2008 et l’aggravation du chômage, des pertes de revenus et de pouvoir d’achat des ménages, notamment ceux de l’économie informelle durement touchés par la limitation de la mobilité et la fermeture des marchés.

Plans de réponse 2020

Au titre des plans de réponse 2020, il convient d’anticiper et de concevoir dès à présent des stratégies de relance et de dynamisation des systèmes agroalimentaires, y compris les segments non agricoles (transformation, collecte, distribution), en milieu rural comme en milieu urbain. Pour nourrir ces efforts, les membres du RPCA demandent que soient engagées au plus vite des actions de renforcement de la résilience des systèmes alimentaires face aux chocs (environnementaux, sécuritaires et sanitaires), ainsi que l’optimisation de leur contribution à la croissance économique et à la création d’emplois.

Six pays (Burkina Faso, Cabo Verde, Mali, Niger, Sénégal et Tchad) ont initié leurs plans de réponse 2020 pour un montant total de plus de 400 milliards de F CFA (61 millions d’euros). Il est urgent d’adapter ces plans de réponse existants. Leur mise en œuvre se heurte aux graves difficultés budgétaires des États et de mobilisation de ressources externes. Les membres du RPCA exhortent les États avec l’appui de leurs partenaires à : Prioriser et accélérer la mise en œuvre coordonnée des réponses en faveur des populations en situation de crise et d’urgence, y compris la prévention de la malnutrition aiguë des enfants de moins de cinq ans ; Mettre à jour les plans de réponse  2020, en y intégrant les conséquences de la pandémie de coronavirus ; Mettre en place des mesures anticipatives et de contingence face au risque acridien ; Prendre des mesures anticipatives de veille et d’assistance au profit des 50 millions de personnes sous pression alimentaire risquant de basculer dans la crise des suites des effets cumulés des crises sécuritaires et sanitaires.

Ils appellent aussi les États, les organisations intergouvernementales (OIG) sur l’urgence de mesures spécifiques pour contrer les chocs économiques dans certains pays. C’est le cas en particulier de la Sierra Leone où, pour la première fois, 1.3 million de personnes seront touchées par l’insécurité alimentaire et nutritionnelle d’ici la soudure.


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