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Enquête / Foncier et sécurité alimentaire dans la commune de Sèmè-kpodji / La réalité des femmes dans les activités agricoles : Des Interviews et Témoignages de femmes héritières de terres (3ème Partie)

Le nouveau code foncier et domanial promulgué par l’Etat le 14 Aout 2013, permet à la femme de jouir des mêmes droits que les hommes, quel que soit le mode d’accès. Même si on note encore des poches de résistances, par endroit, les avancées notables enregistrées permettent aux femmes de réclamer leurs droits en matière d’héritage et à en bénéficier au même titre que les hommes. Les femmes de Tohouè en sont bien conscientes et sont prêtes à revendiquer leur droit à la terre.

Envoyée spéciale Aline ASSANKPON (L-Intégration.com)

 

Ph: DR-: Veuve Edith Gnonsè épouse Dofonso, présidente de la Coopérative des femmes, responsable à l’organisation des femmes

Ph: DR-: Veuve Edith Gnonsè épouse Dofonso, présidente de la Coopérative des femmes, responsable à l’organisation des femmes

Mme Edith Gonsè épouse Dofonso, présidente de la Coopérative des femmes, responsable à l’organisation des femmes : « Lorsque nos époux exhiberont leurs terres, nous devons aussi montrer les nôtres »

 L-Intégration.com : Mme Gnonsè, parlez-nous un peu du rôle que vous jouez au niveau des femmes.

 Mme Edith Gonsè épouse Dofonso : Je me bats souvent aux côtés des femmes pour trouver une réponse aux problèmes de sécurité alimentaire au niveau des foyers. Trente ans déjà que je mène cette activité de sensibilisation au niveau des femmes. Avant, je courais dans tous les sens pour la planification familiale afin que les femmes puissent faire des naissances espacées et éviter de faire beaucoup d’enfants sans possibilité  réelle de les nourrir.

Ensuite, elles sont sensibilisées sur les activités agricoles à mener aux côtés de leurs époux et surtout au sein de notre coopérative où la transformation des produits agro-alimentaires, l’élevage et le commerce constituent nos principales activités. Elles sont également sensibilisées et éduquées sur comment prendre soins de leurs époux et de leurs enfants.

 Vos impressions sur l’accès de la femme au foncier, à la terre.

 Ce message que vous venez de passer est une très bonne chose pour nous les femmes ; puisque ce qui m’appartient est différent de ce qui nous appartient. Ceci est ma chose, c’est différent de ceci est notre chose. C’est une sorte d’autonomisation de la femme. Nous entendons souvent qu’il y a des femmes qui disposent des terres, nous autres n’avons pas deux têtes, puisse Dieu nous aider à en avoir aussi.

A travers l’échange de ce jour, nous avons retenu qu’on ne peut nous arracher ce qui nous appartient. Nous avons l’habitude de louer des terres inexploitables et à tout moment le propriétaire peut venir nous déposséder. Cela  va ralentir nos activités et porter un coup dur sur nos revenus. Désormais, nous avons compris qu’il faut d’avantage serrer les coudes pour acheter les terres sur lesquelles nous mèneront nos activités agricoles. Lorsque nos époux exhiberont leurs terres, nous devons aussi montrer les nôtres. (Propos recueillis : A.A.)

 

 

Ph/DR-: Dame Jeanne Houndagnon de Kraké-Daho

Ph/DR-: Dame Jeanne Houndagnon de Kraké-Daho

Dame Jeanne Houndagnon de Kraké-Daho: « Aujourd’hui, on dit que l’homme et la femme ont les mêmes droits sur l’héritage de leur parent. Si un homme veut déposséder une femme de ses droits, j’espère que si la femme est informée, instruite, elle peut se battre pour ses droits. Moi, j’ai hérité de mon père à Avrankou, mon village natal, pourquoi pas les autres… » S’interroge-t-elle à l’endroit de ses sœurs.   

 

Ph: DR-: Mme Kuégan Clémencia d’Ahlomey

Ph: DR-: Mme Kuégan Clémencia d’Ahlomey

Mme Kuégan Clémencia d’Ahlomey : « Moi, je suis d’Adja ; à la mort de mon grand-père, la famille a discuté les hectares de notre grand-père avec mon père. Dans cette lutte, mon papa a été paralysé et puis décédé. Néanmoins avec le soutien de certains membres de la famille, étant l’aînée de onze enfants, je suis allée au tribunal avec mes frères. Nous avons gagné et on nous a demandé de verser d’abord 1.700.000 F pour entrer en possession de ces terres. Nous avons pu réunir 1.300.000 F et aujourd’hui nous sommes propriétaires de 23 hectares à Adja » témoigne avec fierté la fermière en élevage et en cultures maraîchères à Ahlomey. 

 

 

Ph/ Dr-: Dame Yvette Vodounon de Tohouè

Ph/ Dr-: Dame Yvette Vodounon de Tohouè

Dame Yvette Vodounon de Tohouè : « Je suis orpheline de père, mes oncles paternels ont vendu tous les hectares que mon papa possédait. Il ne reste plus rien. Déjà jeune, je refusais catégoriquement d’intervenir dans ces histoires quand-bien même je suis l’aînée de mon père. Mais aujourd’hui, j’ai compris que la femme doit réclamer ses droits et hériter de son père. Instruite ou pas – si cela devrait encore m’arriver- je vais m’assoir devant le bureau du juge pour réclamer ce qui me revient de droit. On était dans l’obscurité avant. Et si je dois rouvrir ce dossier, il va se passer des choses. Mais ce qui est passé, est déjà passé » se console la présidente de la Coopérative Wangninan-gbê qui reconnait aujourd’hui l’utilité de la terre. « Dès qu’on a de l’espace, on peut l’exploiter autant qu’on veut. A défaut, on est limité et on ne peut rien faire ». 

 

Encadré : Interview de M. Godonou Marcellin, Chef du village d’Ahlomey à Tohouè.

 «… Avec les grands domaines, lorsque des problèmes surgissent, les femmes reculent et abandonnent »

 Indisposé, le Chef d’Arrondissement de Tohouè, M. Hodonou Aubert Dieudonné s’est fait représenter par le Chef du village d’Ahlomey, M. Godonou Marcellin qui est également Vice-président de la Coopérative des Agriculteurs de l’arrondissement de Tohouè.

 L-Intégration.com : Vous êtes le Chef du village, vous avez souvent connaissance des cas de conflits des terres, comment les gérez-vous surtout quand cela concerne les femmes ?

 

Ph/ DR-: Marcellin Godonou, Chef du village d’Ahlomey à Tohouè

Ph/ DR-: Marcellin Godonou, Chef du village d’Ahlomey à Tohouè

Godonou Marcellin : Les conflits de terrain, il y en a beaucoup même. Fondamentalement, ces conflits de terres ne concernent que les hommes. Les femmes n’aiment pas trop s’afficher dans ces conflits. On voit la femme héritière aujourd’hui dans les familles où il n’y a pas de garçons. Et là, elle est obligée de répondre, de réclamer ce qui lui revient de droit.

 

En tant qu’élu local, facilitez-vous à la femme héritière de jouir de ses droits ?

 

Si c’est clair et nette, nous déclarons la vérité en même temps, si la terre doit lui revenir, on lui attribue ça. Elle peut vendre sa chose et en faire ce qu’elle veut ; ce n’est pas notre problème.  Nous ne sommes plus à l’époque où on lui demandera ce qu’elle veut faire avec la terre. Non, les choses ont changé maintenant. La femme peut hériter quand c’est clair. Mais avec les grands domaines, lorsque des problèmes surgissent, elles reculent et abandonnent.

 

Dans ce cas précis, est-ce que vous intervenez pour que ces domaines lui reviennent ?

 

Dans ce cas, moi je demande d’abord à rencontrer la famille, je discute avec eux en leur demandant de laisser à la femme ce qui leur revient.

 

Cela est vraiment possible ?

 

Ça se passe fréquemment ici et les femmes ont eu gain de cause. Dès qu’elles reçoivent leur héritage, elles les vendent en même temps. Elles peuvent vendre ça et en acheter ailleurs pour éviter les problèmes.

 

Que diriez-vous si vous devez parler des activités agricoles des femmes de Tohouè.

 

Principalement, c’est l’élevage et la pisciculture qui préoccupent les femmes de Tohouè et quelques cultures maraîchères. En matière de cultures vivrières, elles ne sont pas nombreuses dans ce domaine. Elles y interviennent juste pour aider leurs époux.

 

Vos impressions sur la séance d’information et de sensibilisation sur le droit foncier des femmes ?

 

Après ce qu’on a entendu ce matin, je vais surtout demander à nous les hommes (époux des femmes) de les aider beaucoup. Si une femme a l’ambition de faire de l’agriculture, de l’aider à avoir une parcelle. Très souvent chez nous, il y a la polygamie ; donc si une femme possède une parcelle, sa coépouse va également réclamer la même chose. Et ça sera un peu difficile pour l’homme s’il n’a pas beaucoup de parcelles. Mais s’il dispose des hectares, il peut les morceler et les leur distribuer. Là, c’est la femme paresseuse qui ne va pas travailler. Sinon, il y a souvent une sorte de concurrence entre elles.

 

Mais il faut dire que chez nous, les femmes n’ont pas cette idée de disposer de terrain parce qu’elles n’en possédaient pas. Peut-être à partir de cette séance de sensibilisation et d’information, elles peuvent réfléchir autrement.  (Propos recueillis : A.A.)

— Toutestgrace

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