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Entrée en vigueur de la ZLECAf / M. Ochozias A. K. Gbaguidi  : «Le Bénin doit accélérer la ratification de l’accord et rédiger sa stratégie nationale » (Interview)


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Ph/DR : : M. Ochozias Ahonado Kleber Gbaguidi : « le Bénin serait même l’un des principaux bénéficiaires de la ZLECAF en Afrique de l’Ouest.. »

La Zone du libre-échange continentale africaine (ZLECAf), est la deuxième plus grande zone de libre-échange de la planète. Opérationnelle depuis le 1er janvier 2021, elle marque ainsi l’accélération de la reprise économique du continent pour renforcer sa résilience en accroissant le niveau des échanges commerciaux intra-africains de biens et de services. Economiste, précédemment Point focal ZLECAf  au Bénin, actuel fonctionnaire du PNUD à Bujumbura (Burundi), M. Ochozias Ahonado Kleber Gbaguidi, après un état des lieux, invite les autorités béninoises à accélérer la ratification de l’accord et la rédaction de sa stratégie nationale.

 L-integration.com : M. Gbaguidi,   après l’entrée en vigueur de la ZLECAf, comment suivre sa mise en œuvre dans l’espace Cedeao ?

Ochozias A. K. Gbaguidi: Le lancement officiel des échanges (commerce des biens, les services étant toujours en cours de négociations) sous la ZLECAf, est la dernière étape pour la concrétisation de la ZLECAf. De manière concrète, les Etats vont se mettre à échanger à partir de ce 1er janvier 2021 sous le nouveau régime douanier donnant des avantages spécifiques aux produits d’origine africaine.

Pour savoir si l’accord est entré en application dans les pays il suffira de consulter les régimes douaniers officiellement applicables au cordon de chaque pays pour savoir si les autorités douanières appliquent effectivement aux produits éligibles les nouvelles grilles de tarifications en rapport avec l’offre tarifaire soumise par le pays ou accepté par le pays dans le cadre du travail harmonisé fait par sa communauté économique régionale d’appartenance.

La CEDEAO pour les pays ouest-africains avait fait un profond travail d’harmonisation des listes de concessions tarifaires pour éviter des contradictions avec le Schéma de Libéralisation des Echanges de la CEDEAO. De manière concrète l’administration douanière du Togo (par exemple, à dessein, (vu que le Benin n’a pas encore ratifié) doit pouvoir dire si un régime ZLECAf existe dans ses livres depuis janvier 2021. Il en est de même des autres administrations douanières des 53 autres pays signataires ou plus précisément les 34 ayant déposé leurs instruments de ratification auprès de l’Union Africaine.

Bien entendu, à un niveau continental, le Secrétariat de la ZLECAf basé à Accra doit pouvoir à tout moment dire quel pays a commencé à appliquer l’accord et quel pays ne le fait pas encore et pour quelle raison ?

Et comment évaluer la mise en œuvre de l’accord ?

Des évaluations préliminaires des effets potentiels ont été faites par des institutions comme la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) et même par les services techniques de certains Etats pour guider les négociations à travers des impacts estimés des différentes options de démantèlement.

Mais il est clair que les Etats devront avoir  sur certains paramètres importants les yeux rivés : les recettes perdues à cause du démantèlement, les effets sur les secteurs déprotégés par l’ouverture au continent, les difficultés exprimées par les entreprises dans leur tentative de pénétrer de nouveaux marchés africains, etc.

A quoi donc s’attendre comme démarrage effectif ou démarrage de la phase opérationnelle de la ZLECAf quand des frontières sont encore fermées pour raison de covid-19 ?

Rigoureusement les échanges devront porter sur les biens, les services étant toujours en négociations. Les frontières étant actuellement fermées à la circulation des personnes mais pas à celle des marchandises il me semble que l’impact sera très limité. Il est vrai que lorsque les hommes circulent librement cela renforce la circulation des marchandises mais un déplacement vers Malanville ou Hillacondji vous montrera si besoin que les camions et les conteneurs continuent  à voyager !

Selon certains observateurs, la date du 1er janvier 2021, devrait être non avenue car la majorité des pays subsahariens n’est pas encore prête.  Quelle réflexion cela vous inspire M. Gbaguidi.

 Il est clair que l’on ne peut pas attendre que tous les pays soient prêts pour  lancer les échanges dans une Zone de Libre échanges, encore moins celle qui concerne un nombre de pays aussi élevé : 54 dont 34 ont déposé leurs instruments auprès de l’Union Africaine. Cela ne s’est passé comme cela dans aucune Zone de Libre Echange dans le Monde. Et puis « être prêt » Cela veut dire quoi ? Avoir des infrastructures adaptées aux échanges ? Nous en sommes encore très loin dans la majorité des pays.

Avoir un système douanier prêt à s’adapter aux nouveaux tarifs douaniers ? Avoir clarifié le rapport entre les anciens textes en cours d’application et le nouveau pour limiter les difficultés des douaniers face à la superposition des régimes? Ceci prend habituellement du temps même si les systèmes douaniers des pays ont connu des progrès considérables ces dernières années avec  une informatisation qui facilite leur transformation il y a encore beaucoup d’étapes à franchir pour réaliser les échanges : mise à disposition des douanes des textes d’application au niveau national ; enregistrement des exportateurs qui devront obtenir certificats et autres licences nécessaires auprès des organismes de règlementation désigné et en particulier le certificat d’origine, etc. Ceci ne pourra se faire que progressivement et il est bien prévu dans les accords que la réalisation de la ZLECAf est un processus progressif.

Ph/DR : La mise en oeuvre de la ZLECAf pour construire l’Afrique que nous voulons

La ZLECAf en quelques mots

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) représente un marché de 1,2 milliard de consommateurs et un PIB combiné d’environ 3000 milliards de dollars US pour les 54 États membres de l’Union africaine. Son entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2021 offre d’énormes opportunités pour le secteur privé qui doit saisir cette initiative à échelle continentale pour rendre l’Afrique plus prospère. Selon le président par intérim du Conseil des entreprises africaines, Amany Asfour, le secteur privé a un rôle à jouer dans cette dynamique pour donner à la zone de libre-échange une existence concrète. Le secteur privé doit parler d’une seule voix pour garantir une mise en œuvre efficace. A travers la ZLECAf, les emplois doivent être recréés, les moyens de subsistance revitalisés et les économies relancées. C’est le lieu de s’unir pour promouvoir et consommer les produits fabriqués en Afrique afin d’assurer une mise en œuvre efficace de cette zone économique et « Construire l’Afrique que nous voulons » à l’horizon 2030. (Aline A.)

Et quelle analyse faites-vous de la situation du Bénin dans ce contexte ?

Les analyses de la CEA ont montré qu’avec la mise en œuvre de la ZLECAf les exportations de l’Afrique de l’Ouest vers l’Afrique augmenteraient entre 8,3% et 11,9% et que celles du Bénin vers l’Afrique vont augmenter  entre 11,4% et 17,8%.

Il a été établi que le Bénin serait même l’un des principaux bénéficiaires en Afrique de l’Ouest et que plus de 80% des gains de commerce intra-africain pour le Bénin seraient concentrés dans les secteurs industriels. Il se trouve que ce secteur industriel reste à développer puisqu’il représente jusqu’ici seulement 17% du PIB (contre  25% chez le grand voisin Nigérian et 20% pour la Cote d’ivoire).

Mais la bonne nouvelle est que le secteur industriel  béninois est en pleine effervescence : une étude de l’INSAE montre que 72% des entreprises industrielles du Bénin ont moins de dix ans d’ancienneté contre 28% qui ont 10 ans et plus. L’ouverture au marché africain qui devrait être plus facile à pénétrer est forcément une bonne nouvelle pour ces jeunes entreprises.

Les résultats positifs attendus de la ZLECAf ne seront pas automatiques malgré cette effervescence. Il sera nécessaire que le Benin engage des efforts et des actions concrètes pour tirer le meilleur parti de la ZLECAf. Cela passe nécessairement par un dialogue continu avec tous les acteurs concernés, afin de leur donner la possibilité non seulement d’en mesurer la portée mais aussi d’exprimer leurs priorités et défis à venir.

Le Niger, le Togo ont déjà rédigé leur stratégie nationale de mise en œuvre de la ZLECA. Le Nigeria et le Burkina Faso sont en passe de le faire. C’est dire que tous les voisins immédiats du Bénin s’organisent pour optimiser leur appartenance à la Zone (maximiser les effets positifs et minimiser les effets négatifs). Même le Nigéria, très réticent au départ  a ratifié et déposé ses instruments.

Le Bénin est en train de prendre du retard à ce niveau et il est souhaitable que le Ministère du Commerce accélère la cadence pour la ratification de l’accord et la rédaction d’une stratégie nationale de la ZLECAF pour le Bénin.

Propos recueillis : Aline ASSANKPON

 


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