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JME-2020 / L’Eau et le changement climatique (Interview):  « Le lavage des mains à l’eau et au savon, c’est pour nous dire que ‘’la vie est entre nos mains’’»


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Ph: DR-: M. Félix Mourény Adégnika, Expert Eau et Assainissement au WSSCC

Célébrée ce 22 mars, la journée mondiale de l’Eau (JME-2020), s’est déroulée dans des circonstances particulières cette année pour des raisons sanitaires : la pandémie du COVID-19 qui menace dangereusement le monde entier. Interrogé sur la célébration de l’édition 2020, M. Félix Mouréni Adégnika, Expert Eau et Assainissement au Conseil de Concertation pour l’Eau Potable et l’Assainissement (WSSCC), revient ici sur : le bouleversement de tous les agendas relatifs à cette journée, l’importance du lavage des mains à l’eau et au savon, pour nous dire que ‘’la vie est entre nos mains’’ et sur les liens entre l’eau et le changement climatique.

L-integration.com : Monsieur Adégnika, la célébration de la journée mondiale de l’Eau (JME) édition 2020, a été bouleversé par le COVID-19 qui donne des sueurs froides au monde entier. Quelle perception faites-vous de cette pandémie qui annule tous les rendez-vous ?

Félix M. Adégnika: Effectivement, les mesures édictées par la communauté internationale et prises par les états pour enrayer la propagation du Coronavirus ont bouleversé tous les agendas globaux et particuliers notamment ces grands rendez-vous annuels qui permettent de rappeler l’importance de l’eau et de l’assainissement et la nécessite de les mettre en priorité dans les agendas de développement. Et comme pour exposer l’importance de l’eau et de l’assainissement, ce coronavirus ne recule essentiellement que par le lavage des mains à l’eau et au savon à temps et à contre temps.

Le lavage des mains à l’eau et au savon rime bien avec la sensibilisation sur l’eau

Si le thème des journées mondiales n’était pas choisi longtemps à l’avance, on aurait pu placer l’édition de cette année sous le thème du lavage des mains et dire simplement, ‘’la vie est entre nos mains’’. Pour nous les WASH activistes, la pandémie que connait le monde est une opportunité pour  la sensibilisation sur l’importance du lavage des mains à l’eau et au savon à tous les niveaux de décisions et de pratiques. Pendant longtemps, nous avons prêché dans le désert, nos voix n’ont pas porté loin, ni durablement et les autorités n’ont pas accompagné. Cette année, il y a eu une mobilisation sans pareille, de nouveaux outils de sensibilisation ont été utilisés, il y a eu l’acquisition massive d’équipements et d’installations pour l’hygiène et à l’assainissement et des mesures de leur généralisation à l’ensemble du pays. La mort dans l’âme, je me dis, à quelque chose, malheur est bon. Dans toute épreuve, il y a toujours des leçons à tirer. La pandémie passera sûrement, et mon espoir est que les équipements et les habitudes acquis restent pour toujours.

L’édition 2020 de la JME est axée sur « L’Eau et le changement climatique » et les liens indissociables qui existent entre eux. Concrètement que doit-on retenir de cette thématique ?

Le thème de la JME 2020 est l’eau et le climat pour montrer que l’eau est au cœur du changement climatique. En effet, c’est surtout par la modification du cycle hydrologique que les effets du changement climatique se font le plus ressentir.

Le réchauffement climatique entraine beaucoup de précipitations, la fonte des glaciers et des neiges, augmente le niveau des mers, provoque l’érosion côtière, perturbe les débits fluviaux, accentue la désertification et la dégradation des terres. Les principaux agents climatiques qui impactent la disponibilité de la ressources en eau sont les précipitations, la température et l’évaporation et les scientifiques n’ont cessé d’alarmer sur la hausse des températures et ses impacts sur le cycle de l’eau avec l’augmentation des catastrophes naturelles, inondations, dérèglement des saisons, etc. les dommages environnementaux relatifs au  changement climatique sont à l’origine des crises liées à l’eau.

Inversement, l’eau est une pièce maitresse dans le puzzle de l’atténuation et la clé la plus importante de l’adaptation. Une bonne maitrise du cycle de l’eau permet d’atténuer les effets du changement climatique. C’est ici qu’apparait l’importance de la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) dont la règle d’or est la régulation afin qu’il y ait de « l’eau pour tous et pour tous les usages ».

Nous devons apprendre à domestiquer l’eau, à éviter la concurrence entre les différents usages, à améliorer l’efficacité  énergétique. Pour la population, il s’agira de faire de l’eau, l’outil d’atténuation des effets du changement climatique à sa petite échelle et aussi et surtout de prendre les mesures d’adaptation au stress hydrique qu’engendre le changement climatique. Je voudrais illustrer cela dans le domaine de l’agriculture, notre agriculture dépendante des saisons. La généralisation de la construction des réserves ou des retenues d’eau aux fins agricoles devrait être une solution aux inondations cycliques que connait le pays et en même temps favoriser une production indépendante des saisons. Il y a aussi à mettre à contribution la recherche scientifique pour mettre à disposition des variétés résilientes aux épreuves du changement climatique.

Des actions à mener certes, et la prise en compte du changement climatique dans le développement des services d’eau et d’assainissement ?

La prise en compte du changement climatique dans le développement des services d’eau passe par l’adoption des mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. La première mesure tient des moyens d’exhaure de la ressource. En raison du faible de taux de desserte en eau réévalué à 53% en 2019, beaucoup de ménages font des forages individuels ou privés incontrôlés qui agressent l’environnement. S’il était possible de scanner le sol du plateau d’Abomey-Calavi, vous verrez comment on a piqué et saigné le sol à la recherche de l’eau. Pour les grandes sociétés d’eau qui ont les moyens d’équipement moderne, il reste qu’elles doivent aller à l’énergie verte pour la production de l’eau. La deuxième mesure est relative à l’exploitation. Il faudra absolument  améliorer la gestion des services d’eau et d’assainissement en réduisant par exemple les pertes sur les réseaux qui représentent parfois 9 à 15% de la production. La gestion des eaux usées méritent bien une meilleure attention de la part de la société d’eau qui en a la responsabilité.

Que diriez-vous des impacts du changement climatique sur l’eau ?

Les impacts du changement climatique sur l’eau sont nombreux et importants. D’abord, autant que le changement climatique impacte l’eau, l’eau aussi concoure à l’atténuation des effets du changement climatique. Mais plus spécifiquement, il y a des domaines plus sensibles à cette situation : l’agriculture, la santé et l’environnement.

Notre agriculture étant essentiellement saisonnière, manque d’assurer convenablement notre sécurité alimentaire du fait des aléas climatiques. De même, les inondations devenues récurrentes et ses désastres impactent la santé humaine par la baisse de la qualité de l’eau (augmentation des agents pathogènes). L’impact est encore plus grand quant à l’environnement. Le plus remarquable est la disparition d’espèces végétales et animales.

Que faire, lorsqu’il s’agit d’atténuer ces aléas ?

Les mesures d’atténuation et d’adaptation ont été analysées par des instances spécialisées et diffusées. Il reste leur mise en œuvre qui, il est vrai, nécessite beaucoup de moyens. La communauté internationale a mis en place des mécanismes de financement de ces mesures. Le Bénin serait l’un des meilleurs élèves du fonds climat puisque les dossiers présentés sont approuvés. Il reste maintenant une mobilisation de l’expertise sur des projets GIRE.

Avez-vous un appel à lancer ?

Le moyen disponible et accessible à tous pour vaincre la pandémie du coronavirus reste le lavage à l’eau et au savon.  La Covid 19 est tout aussi une maladie d’hygiène que virale. Le salut viendra des comportements individuels. Je nous recommande de suivre scrupuleusement les directives des autorités sanitaires en la matière, de s’équiper en outils de barrière dont le dispositif de lavage des mains qui va des plus archaïques aux plus sophistiqué mais avec la même efficacité prouvée et d’adopter définitivement l’habitude de se laver les mains aux moments critiques.

Dans un pays où près de 40% de la population n’a pas un accès aisé à la ressource en eau, mon souhait est que le désir noble du premier de nous tous se réalise, un accès universel à l’eau potable d’ici 2021 et que le secteur de l’hygiène et de l’assainissement de base soit porté au rang de priorité nationale dans l’agenda de développement du Bénin.

Propos recueillis par : Aline ASSANKPON

 


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