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Le réseau électrique au Nigeria : Les petits générateurs à essence produisent 8 fois la capacité de l’ensemble du réseau électrique national !


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Selon une enquête de l’Agence Ecofin, au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 200 millions d’habitants, près de 60% de la population n’est pas desservie par le réseau électrique national. Face à la faiblesse persistante de l’offre et la hausse de la demande, les Nigérians ont créé un vaste circuit parallèle d’approvisionnement électrique qui repose sur les petits générateurs à essence. Une solution coûteuse, polluante et bruyante, qui prolifère dangereusement. 

A son pic, la capacité disponible du réseau électrique nigérian peut atteindre 5,4 GW, pour une capacité installée de 12,9 GW. Cependant, en 2018, la capacité moyenne disponible sur le réseau a affiché 3 GW, en raison de la désuétude des infrastructures et de plusieurs contraintes inhérentes au transport. Parmi ces derniers facteurs, on compte les actes de sabotage sur les pipelines censés acheminer du gaz vers les centrales thermiques ou encore la faiblesse du volume de gaz destiné au marché local.

En attendant des initiatives probantes des autorités pour résoudre ce déficit, un rapport de l’organisation nigériane Access To Energy Institute (A2EI) estime qu’il existe entre 17 et 60 millions de petits générateurs à essence au Nigeria. Le document dénommé « Mettre fin à la crise nigériane des générateurs » indique que la capacité collective de ces groupes électrogènes, essentiellement utilisés par les ménages, est huit fois supérieure à la capacité de pointe de l’ensemble du réseau national, soit 43,2 GW.

Il faut savoir que lesdits générateurs font référence à ceux d’une capacité de 0 à 4 kVA. Les entreprises dont les besoins énergétiques sont plus élevés, utilisent généralement des appareils qui fonctionnent au diesel et qui sont dotés d’une plus grande puissance. Ces derniers ne sont pas inclus dans cette estimation.

Selon A2EI, ces chiffres reflètent une dynamique ascendante basée sur des enquêtes au niveau des ménages. Il est difficile d’obtenir des statistiques exactes sur le nombre de générateurs, car ils font l’objet d’une interdiction d’importation depuis novembre 2015. La demande étant élevée, il s’est rapidement créé un marché illégal de cet équipement destiné essentiellement aux ménages.

Des données provenant de l’importation illégale de ces appareils ont d’ailleurs été prises en compte pour quantifier leur nombre dans le pays.

Ph: DR-: Les générateurs sont interdits d’importation, mais ils sont tolérés, probablement pour sauvegarder la paix sociale.

Un marché annuel d’au moins 12 milliards de dollars

Depuis ces trois dernières années, les Nigérians dépensent au moins 12 milliards de dollars, chaque année, pour l’achat et l’exploitation des générateurs à essence. L’achat des générateurs couvre 16% de ce montant, l’essence, 67%, et la maintenance de l’appareil, 17%.

Si les générateurs sont interdits d’importation, ils sont tolérés probablement pour sauvegarder la paix sociale déjà fragilisée par les grandes inégalités entre les pauvres et les riches. C’est d’ailleurs essentiellement grâce à leur utilisation que la demande d’essence ne cesse de grimper. Le rapport affirme que le gouvernement fédéral injecte, chaque année, entre 1,6 et 2,2 milliards de dollars dans les subventions à l’essence, soit entre 3 et 5% des subventions totales du gouvernement.

En 2018, le prix de l’essence était en moyenne de 0,40 dollar le litre pour une subvention gouvernementale de 0,10 à 0,14 dollar. Le prix fixe à la pompe permet aux plus démunis d’avoir accès à l’électricité via les générateurs.

Ph: DR-: Des générateurs dans_la_rue

La « Mafia des générateurs »

Vu la taille du marché, il apparait qu’en interdisant l’importation des générateurs électriques à usage domestique, l’objectif visé par le gouvernement était de mieux contrôler une activité à croissance exponentielle. Le ministère de l’Energie, qui faisait alors l’objet de vives critiques, avait déclaré que cela aiderait à l’élaboration de politiques énergétiques adéquates pour affronter la situation.

Toutefois, le business des générateurs électriques est très lucratif et ses acteurs ne souhaitent pas une amélioration de l’offre électrique publique.

Ces 25 dernières années, de nombreuses personnalités politiques se seraient saisies de l’activité pour faire fortune et s’en servir comme enjeu politique majeur. Ils agiraient en complicité avec des commerçants pour entretenir l’insuffisance de l’offre électrique. Au Nigeria, ce système est appelé « la Mafia des générateurs ».

Entre 1999 et 2007, « lorsque le président Olusegun Obasanjo a voulu installer de nouvelles centrales électriques, le matériel a été saboté, dès son arrivée dans le port de Lagos », racontait, en janvier 2018, un haut fonctionnaire nigérian à RFI. Celui-ci ajoute que la « mafia » s’est toujours opposée à toute initiative d’amélioration de l’approvisionnement électrique dans le pays.

Il faut remarquer, qu’outre les questions sécuritaires, la question sensible de l’offre énergétique est devenue, depuis plusieurs années, un thème clé de campagne. Pour les populations, elle joue depuis plus de 20 ans, un rôle déterminant dans l’élection du président de la fédération.

Impacts néfastes sur l’environnement et la santé publique

L’utilisation des groupes électrogènes à essence entraîne une consommation accrue des combustibles fossiles et, par ricochet, une augmentation des gaz à effet de serre. Elle empêche donc le Nigeria d’atteindre ses objectifs de réduction de ce type d’émissions.

La consommation continue de combustibles fossiles par les générateurs entre directement en conflit avec le passage programmé aux sources d’énergies renouvelables et plus propres. Etant donné que le Nigeria s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 45%, d’ici 2030, principalement dans le secteur de l’énergie, la question se pose de savoir comment le pays compte y arriver quand on voit la part de l’essence dans le mix énergétique. Le remplacement des générateurs à essence représente une grande opportunité, puisqu’ils entraineront 22 % des réductions ciblées dans le secteur de l’énergie en 2030.

Sur le plan sanitaire, les conséquences sont plus macabres. Selon le rapport, on dénombre 1500 décès chaque année, par inhalation de la fumée des générateurs. Les rejets des générateurs sont essentiellement composés de monoxyde de carbone. Il faut savoir que l’inhalation de ce type de gaz entraine un accroissement de 70% des risques de cancer du poumon.

Au total, 2/3 des utilisateurs de générateurs déclarent avoir une déficience auditive (les groupes électrogènes sont généralement très bruyants), selon des chiffres officiels du ministère de la Santé.

Ph: DR-: Les petits générateurs pèsent 22% des émissions de gaz à effet de serre du Nigeria.

Les générateurs représentent l’alternative la moins chère du marché

Dans son rapport, A2EI a montré que malgré ses effets nocifs, autant sur l’environnement que la santé, la production d’électricité domestique, à partir des générateurs, est avant tout la solution la moins chère et la plus économique qu’offre le marché. Une étude comparative des coûts d’achat et d’exploitation a été faite avec des produits solaires.

« Des équipements solaires peuvent être utilisés pour faire fonctionner les mêmes appareils électroménagers. Aussi les générateurs à essence peuvent-ils être remplacés par des kits solaires relativement plus petits », montre le document.

Cependant, les systèmes de production d’énergie solaire sont beaucoup plus chers, ce qui signifie qu’ils ne sont pas disponibles à l’échelle des revenus du Nigérian moyen. Un générateur à essence typique de 1,5 kVA coûte 150 dollars, tandis qu’un kit solaire de même puissance coûte 2500 dollars. Les équipements solaires, pour satisfaire les besoins domestiques des ménages, sont donc 15 à 20 fois plus coûteux que l’offre des générateurs à essence.

Toutefois, les équipements solaires présentent des avantages indéniables. Ils ne nécessitent pas de carburant pour leur fonctionnement et les frais de maintenance sont très réduits. Il s’agit également d’un investissement unique qui peut avoir une durée de vie d’environ 20 ans avec les piles qui doivent être remplacées tous les 5 ans. Les générateurs à essence ont, quant à eux, au mieux, une durée de vie de 5 ans.

Mais à court terme hélas, il est plus abordable pour les plus démunis de se tourner vers les générateurs électriques à essence, plutôt que les équipements solaires. ((Ecofin Hebdo)


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