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La Zone de Libre-échange continentale africaine (ZLECAf) : Quelle sera la suite ? Quelques Experts se prononcent…


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Prévue pour être opérationnelle en juillet 2020, les négociations devraient se poursuivre de même que l’harmonisation des législations nationales visant à faciliter la mise en œuvre de la ZLECAf. Au niveau national, que faire pour que le Bénin puisse y tirer profit de cette zone d’intégration économique ? Quelques Experts et responsables du Commerce extérieur et international se prononcent…

(Propos recueillis par : Aline ASSANKPON)

Ph: DR-: Mme Abriel Voglozin épouse Hinson, Directrice du Commerce Extérieur

Ph: DR-: Mme Abriel Voglozin épouse Hinson, Directrice du Commerce Extérieur

 

 

Mme Abriel Voglozin épouse Hinson, Directrice du Commerce Extérieur : Il va falloir se préparer à la mise en œuvre de la ZLECAf au Bénin pour ne pas être laissé en rade. En ce qui nous concerne au ministère du Commerce, nous sommes prêt à accompagner les opérateurs économiques, afin qu’ils mettent sur le marché des produits suffisamment compétitifs pour que nos populations en général puissent tirer le meilleur parti de notre appartenance à cette zone de libre-échange continental.

 

 

 

 

 

Ph: DR: M. Dieudonné Coffi Assouvi, ancien Négociateur en Chef de la ZLECAf pour le Bénin

Ph: DR: M. Dieudonné Coffi Assouvi, ancien Négociateur en Chef de la ZLECAf pour le Bénin

M. Dieudonné Coffi Assouvi, Directeur des Relations économiques, commerciales et internationales au MAEC. Docteur en droit international économique, Enseignant à l’UAC Abomey-Calavi et ancien Négociateur en Chef de la ZLECAf pour le Bénin : Une question qui interpelle tout le monde (Acteurs du secteur public et privé). Le monde se joue à l’OMC (Organisation mondiale de Commerce) qui est une machine de guerre aujourd’hui. La ZLECA marque le premier pas d’une intégration économique sur les cinq existants.

C’est une question de politique et les acteurs concernés doivent être informés sur le processus. Les concertations gouvernementales avec le secteur privé doivent se poursuivre pour voir la catégorisation de certains produits, leur tarification et classification. Il s’agit des questions techniques qui vont permettre au Bénin de tirer des avantages liés à cette zone de libre-échange. En termes de transformation structurelle de notre économie, de diversification industrielle et en termes d’être un pays attractif aux investisseurs étrangers. L’un des facteurs de l’attractivité c’est des ressources humaines compétentes et qualifiées répondant à l’offre du travail ; car sans cela, le problème va toujours se poser.

Le rapport de la CNUCED, édition 2019 intitulé « Made in Africa » tire la sonnette d’alarme. L’Afrique a l’obligation de créer de la valeur ajoutée à ses produits, de transformer sur place ses matières premières.  En réalité, l’Afrique ne progresse pas parce que ces 1,6% ne constituent que des matières premières non transformées qui vont sur le marché international et qui nous reviennent en produits finis avec un prix très élevé que nous consommons. Il faut là également qu’on change d’habitude de consommation pour aller vers des politiques économiques systémiques pour nous permettre de sortir du pétrin. Sinon, on n’en sortira pas !

Face à cette situation, il faut changer la structure de notre économie et au regard des changements de l’ordre international. Les douaniers sont rentrés dans une mutation où des collecteurs des droits de douane sont devenus des facilitateurs des échanges.  La conséquence est que tous les pays asiatiques passent des droits de douane vers la transition fiscale où il faut trouver des pôles de développement à l’intérieur de chaque pays pour pouvoir faire l’économie. Par exemple, les droits de douane en Belgique, c’est 3 %, ça ne fait plus rien dans son budget, ailleurs toujours en Europe, c’est 1 % et parfois nul. Il faut faciliter le taux des échanges pour que les investisseurs et les opérateurs puissent développer des activités et recruter une main-d’œuvre qualifiée pour accroitre les recettes douanières afin de faire face aux dépenses de l’Etat. Ce sont là, les changements qui s’opèrent aujourd’hui et qui impactent en particulier la douane. Rester en marge au processus qui s’opère au niveau mondial, on n’avance pas, mais on va derrière.

 

Ph: DR-: Inspecteur des douanes et Droits indirects, Allossogbé Achille

Ph: DR-: Inspecteur des douanes et Droits indirects, Allossogbé Achille

Inspecteur des douanes et Droits indirects, Allossogbé Achille : Dans le cadre de la Zlecaf, il y aura forcément une facilitation des échanges qu’on devrait le faire en ce qui concerne tous les produits du monde entier. L’accord a été signé et ratifié par le Bénin, du coup on est lié par les dispositions de cet accord. Donc, on ne pourrait empêcher les importations venant des autres pays de la Zleca ; cependant, on appellera comme on en a l’habitude au respect de la règlementation à la matière.

Nous ne sommes pas à nos premières expériences en la matière parce que, il y a un bon moment que l’Uemoa et la Cedeao sont là. Tout en facilitant la libre circulation des marchandises des communautaires ; on veille également à ce qu’il n’y ait pas de détournement des échanges et qu’on n’aille pas prendre des produits tiers pour les faire passer comme des produits originaires.

La douane va simplement continuer son rôle de contrôle et de veille en direction locale. C’est leur permettre d’être véritablement au parfum des grandes dispositions. Ne pas savoir quelles sont les dispositions en la matière, et savoir comment  produire conformément aux critères établis ; avoir l’agrément pour sa marchandise, son produit et pouvoir l’exporter sur le marché de la zone. La douane veillera davantage à la vulgarisation des différents textes et essayera d’accompagner  au respect des critères qui constituent des obligations pour que les produits soient originaires. On va faciliter ce qui est licite et réglementaire (ce qui a pu respecter les conditions préalablement établies) tout en gardant notre rôle de contrôle et de veille.

 

Ph: DR-: M. Razack Yéssouffou de la Chambre de Commerce et de l'Industrie du Bénin

Ph: DR-: M. Razack Yéssouffou de la Chambre de Commerce et de l’Industrie du Bénin

M. Razack Yéssouffou, Chef département Appui aux Entreprises à la Chambre du Commerce et de l’Industrie du Bénin (CCIB) : L’utilité pratique et directe que nous recherchons, c’est de rapprocher l’Université du marché réel pour que les Etudiants sortis des Universités sachent ce qu’on appelle les accords de l’OMC, les préférences commerciales, etc. Ensuite, les scientifiques doivent accompagner les producteurs pour leur faire comprendre l’adaptation des technologies nouvelles à leur processus de production et de transformation ; afin qu’on puisse avoir des produits capables d’aller sur le marché de la ZLECAf.

Pour le Bénin, il faut que nous fassions de façon sérieuse une appropriation des règles d’origine. Sinon, nous allons-nous retrouver avec des produits qui ne pourront pas circuler librement sur le marché. On ne peut pas intégrer les chaînes des valeurs mondiales sans aucune préparation. Il faut avoir la capacité pour tirer profit des valeurs mondiale. Il urge donc pour tout le monde (les administrations de douane, de commerce, le secteur privé) de maîtriser le contenu des règles d’origine car les aspects essentiels s’y trouvent. Si on ne prend pas le temps de bien comprendre tout cela, on risque de passer à côté. Quand le marché va commencer, vous allez voir des choses passées et subir le marché. Ce qu’il faut surtout éviter.

 

 

Ph: DR-: M. Kpatindé Florent de l'APIEX.

Ph: DR-: M. Kpatindé Florent de l’APIEX.

M. Kpatindé Florent de l’Agence de Promotion des Investissements et des Exportations (APIEX) : Nous sommes aujourd’hui dans un mouvement, c’est irréversible. Ça devient un peu plus compliqué pour les pays comme les nôtres. Lorsque nous sommes dans la zone Uemoa avec 8 pays francophones on n’avait pas de problème.  Mais c’est le même système qui prévalait au niveau de l’Uemoa : les règles d’origine, promotion des échanges, zones communes tout cela était dans l’Uemoa. Les règles étaient prises au niveau des produits du crus (agricoles et artisanaux) ; là problème ne se pose pas ni avec la douane et ça transite librement.  Ça commence par être compliqué, lorsqu’on dit que ces facilités d’échanges concernent les produits industriels.

Dans le cadre de la ZLECA, le jeu est devenu plus grand, plus important et même plus dangereux. Nous avons peur parce que nous avons des recettes fiscales sur lesquels les salaires sont payés et qu’est-ce qu’on gagnera si on rentre dans la Zleca ? Au même moment l’Etat a peur pour le secteur privé, est-ce que vous êtes capable à ventre sur le marché de l’Afrique du Sud ? Les avantages comparatifs que nous avons : Il s’agit de voir dans quel domaine on est plus fort pour se développer et pouvoir proposer aussi des produits sur le marché de l’autre  afin de pouvoir gagner. Si je ne suis pas fort dans ce domaine, je vais subir et dans ce cas, la douane va subir, l’Etat aussi, voire le pays.

La pertinence de l’information pour que chaque acteur comprenne qu’il y a un danger que nous devons s’y préparer. On va gagner, mais ça dépend de nous-mêmes. Les règles d’origine, c’est nous-mêmes qui définissons ces règles. Nous savons ce que nous produisons chez nous et nous savons ce que nous allons faire avec les autres.


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