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Avis d’expert : Quelque chose se passe en Afrique du Sud qui mérite qu’on s’y intéresse davantage !


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L'analyse de Idriss Linge d'Agence Ecofin

L’analyse de Idriss Linge d’Agence Ecofin

L’actualité africaine dominée par les ravages causés par le virus Ebola, ou encore par les attaques terroristes et autres foyers d’insécurités, occulte une crise importante, celle de la défaillance d’African Investment Bank Limited et ses conséquences. L’affaire est reléguée au second plan et peu évoquée par les médias situés hors de l’Afrique australe.

Depuis l’annonce, par ce groupe bancaire spécialisé dans les prêts non sécurisés, d’un risque de perte record et le choc boursier qui s’en est suivi pour ses investisseurs, quelque chose couve au pays de feu Nelson Mandela. On a vu la South African Reserve bank (banque centrale), monter au créneau, et injecter jusqu’à 7 milliards de rands (environ 697 millions $), pour racheter les créances douteuses d’une banque en difficulté. On a aussi vu des banques spontanément injecter jusqu’à 10 milliards de rands, (environ 934 millions $) afin d’assurer la survie de la partie encore opérationnelle de la banque.

A la suite de ces différentes interventions la saga African Bank se poursuit aujourd’hui avec une grosse polémique sur la réaction des agences de notation. Fitch Ratings a revu à la baisse la note de certains fonds qui avaient investi au sein de la banque en difficulté, Moody’s a dégradé la note des quatre plus grandes banques du pays (Firstrand,Nedbank, Standard bank et Absa Bank) et d’une autre, toute aussi influente, (Capitec Bank Holdings).

« Pas d’accord ! » a indiqué encore récemment la banque centrale. « Le système bancaire sud-africain est sain et solide », a-t-elle fait savoir. A la suite de quoi plusieurs experts et analystes connaisseurs de l’économie sud-africaine. « Capitec Bank n’est pas African Bank », a expliqué Kokkie Kooyman un expert chez SiM Global. « Evidemment ils craignent une détérioration de la situation déjà complexe en Afrique du sud. Mais l’impact sur nos banques est en fait limité. L’avantage de l’Afrique du sud, c’est que les avoirs des banques appartiennent à 80% à des Sud-africains, donc il n’y a pas de risque que l’on aille chercher de l’argent ailleurs »a-t-il ajouté.

Pourtant il reconnait que la capacité d’emprunt extérieur n’est pas restée intacte. Pour sa part Capitec Bank s’est dite étonnée de la notation de Moody’s.  « Ils ont discuté 20 minutes avec notre directeur financier et ont sorti cette note », ont-il déclaré. Pourtant le consensus est fait aujourd’hui sur un point : le modèle économique qui consiste à prêter à des personnes présentant des difficultés à rembourser n’était pas viable. Jusque-là beaucoup remboursaient et la rentabilité était forte, les revenus avec ainsi que la croissance sur le marché financier.

Que les agences de notations fassent l’objet de critiques de la part d’analystes, d’observateurs ou de responsables officiels, ce n’est pas une nouveauté. Cependant, le pays sort d’une grève dévastratrice dans le secteur clé du platine. Les plaintes sur la qualité des services publics se font de plus en plus nombreuses, le chômage de masse ne parvient pas à trouver de solution durable, l’inflation liée au déficit de production s’est invitée, la croissance est en berne et la corruption atteint les plus hauts sommets de l’Etat. Oui !! Quelque chose se passe en Afrique du sud.

L’agence de notation Moody’s, critiquée aujourd’hui, avaient déjà sonné l’alerte sur les déséquilibres d’African Bank Investment Limited en 2013. La banque avait répondu par des assurances d’une maitrise de l’ensemble des processus. Un an après elle était mise sous curatelle. Pour la première fois, des fonds de marchés monétaires, en principe caractérisés par la garantie de rendements, sont à l’origine de pertes pour leurs investisseurs. On a aussi pu remarquer que les gestionnaires de fonds ont eu une réaction inappropriée face à la situation et, une fois encore, c’est la banque centrale qui est intervenue, pour autoriser que les fonds d’investissement séparent leurs actifs affectés par la faillite d’ABIL, des autres, plus sains. On peut noter aussi les mauvaises performances des entreprises de la grande consommation et enfin les désinvestissements annoncés par certains géants du secteur minier.

Il est très probable que, si l’Afrique du Sud connaissait une crise encore plus profonde, de nombreux pays du continent ne seraient pas épargnés. Les premiers à en pâtir seront les pays de la communauté des Etats de l’Afrique australe. Leur attachement à l’économie sud-africaine les mettrait en danger en cas de déflagration.

En Afrique subsaharienne, le risque n’est pas loin. Par exemple Ecobank Transnational Incorporated, le groupe bancaire le plus puissant de l’Afrique francophone, est fortement exposé aux investissements sud-africains. Son plus gros actionnaire est le fonds de gestion des pensions des fonctionnaires d’Afrique du Sud. Nedbank, une des quatre grandes banques sud-africaine, possède un droit de conversion de dette qui lui donnerait une participation de 20%, ce qui porterait l’exposition sud-africaine de la banque, dont le siège se trouve à Lomé au Togo, à plus de 40% si on ajoute les fonds privés d’investissement.

L’Afrique toute entière se doit de mener une veille stratégique sur la situation économique de ce pays, qui sert de base à plusieurs investissements étrangers sur le continent. Le Maghreb possède des atouts mais doit encore se stabiliser après les printemps arabes. Le Nigéria est la première puissance économique en terme de PIB mais ses défis de développement sont encore nombreux. Plusieurs autres pays africains à forte croissance doivent encore résoudre des défis de développement humain. Une Afrique du Sud malade pourrait impacter de manière significative l’ensemble du continent. Quelque chose se passe en Afrique du Sud qui mérite qu’on s’y intéresse davantage…

Par Idriss Linge de l’Agence Ecofin


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