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Régulation : L’expérience de quatre pays africains qui pratiquent la portabilité mobile


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Dans le cadre du projet de marché commun ouest-africain d’harmonisation des politiques régissant le marché des TIC dans l’espace Uemoa/Cédéao, l’Union internationale des télécommunications (UIT) a clairement défini la portabilité des numéros.

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Selon l’organisme des Nations Unies, c’est « la possibilité pour un usager d’utiliser le même numéro d’abonnement, indépendamment de l’exploitant chez lequel il est abonné, et même dans le cas où il change d’exploitant ». Ce principe, qui donne un plus large choix de service aux consommateurs et qui soutient la libre concurrence dans les marchés des télécoms, est aujourd’hui adopté par plusieurs pays d’Afrique. De manière technique, c’est une interconnexion déguisée puisqu’elle nécessite au préalable que les opérateurs qui y sont soumis partagent leur réseau pour permettre aux clients de passer de l’un à l’autre au choix. Dans des pays comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, la Tunisie ou encore l’Egypte, cette solution s’est imposée d’elle-même face à la continuelle mauvaise qualité des services, malgré les sanctions et remises à l’ordre de l’organe de régulation.

Afrique du Sud

L’Afrique du Sud a démarré l’expérience de la portabilité le 10 novembre 2006. C’était sous la conduite de l’Autorité indépendante des communications d’Afrique du Sud (ICASA), dont le désir était d’empêcher les abonnés d’être contraints de rester bloqués dans un réseau pour ne pas perdre le numéro qu’ils avaient communiqué à leurs relations et sous lequel ils étaient joignables. L’Afrique du Sud est le premier pays d’Afrique qui a testé ce service pour son secteur des télécommunications, fort alors de cinq opérateurs majeurs des télécoms : Vodacom, MTN, Cell C, Telkom et Neotel. Sa gestion a été confiée à la société Mobile Number Portability Company, détenue conjointement par les sociétés de téléphonie mobile. Dans les trois premiers jours qui ont suivi la portabilité, l’opérateur Vodacom a déclaré avoir accueilli 6 nouveaux abonnés pour 4 perdus. Alan Knott-Craig, le président directeur général de Vodacom, avait confié que l’entreprise avait contribué à hauteur de 100 millions de rands dans cette opération d’instauration de la portabilité. Un investissement qui s’est révélé bénéfique, puisque la société dit avoir alors commencé à signer 29 000 nouveaux abonnés en moyenne par jour, des nouveaux clients et des utilisateurs en défection des autres réseaux. Pour Bernice Samuels, la directrice générale de MTN pour la stratégie et la communication marketing d’alors, le plus important, c’est que le processus s’était mis tout doucement en marche. Elle restait ainsi confiante de ce que de nouveaux clients rejoindraient le réseau MTN.

Nigeria

La Commission des communications du Nigeria a lancé la portabilité des numéros mobiles dans le pays le 22 avril dernier. Initialement prévue pour le 25 mars, l’opération n’avait pas pu se faire à cause d’un léger retard technique. Dans le pays qui regorge de près de 140 millions d’abonnés mobiles, le régulateur était de plus en plus submergé par les plaintes des consommateurs sur la mauvaise qualité des services offerts par les quatre opérateurs majeurs de téléphonie mobile que sont MTN, Bharti Airtel, Globacom et Etisalat. Pour contraindre les sociétés de téléphonie à améliorer les services, la NCC les a sanctionnées plusieurs fois, pensant les avoir par le porte-monnaie. Mais ces décisions n’ont pas changé grand-chose dans la qualité des services. En lançant la portabilité, la NCC a changé de stratégie et a décidé d’attaquer directement les sociétés de téléphonie mobile à la source de leurs revenus. En perdant un abonné pour la concurrence, c’est par ricochet une source de revenu qui se perdait. Au début de son lancement, la portabilité n’a pas suscité grand engouement auprès de la population nigériane. Elle suscitait des interrogations sur son bien-fondé. Plusieurs consommateurs ont estimé ne pas voir la nécessité de l’expérimenter au Nigeria, puisque les quatre opérateurs majeurs des télécommunications proposaient presque la même qualité de service et les mêmes tarifs. Pour d’autres personnes, détentrices par exemple de téléphones à double puce et capables d’être abonnées en même temps aux quatre opérateurs mobile majeurs, la portabilité ne leur servirait à rien non plus. Mais pour Deolu Ogunbanjo, le président de l’Association nationale des abonnés télécoms, il fallait regarder plus loin pour saisir l’importance de la portabilité.

En effet, à travers la concurrence qu’elle suscitait, elle contribuait à l’amélioration de « la qualité de service pour les consommateurs. La bataille des tarifs, l’amélioration de la qualité de l’expérience des télécommunications et bien d’autres points vont être revus par les opérateurs pour ne pas perdre ne serait-ce qu’un seul abonné », défendait-il alors. Le plus important, d’après lui, c’était que la crainte des opérateurs télécoms de perdre des abonnés les pousse à mettre à niveau leur réseau, à améliorer la qualité des services et à réduire les tarifs pour le grand bonheur des consommateurs. Peu importe le nombre de cartes SIM détenues par un abonné, Deolu Ogunbanjo semblait partager l’idée selon laquelle le plus important avec la portabilité, c’était que sur ses quatre lignes, l’abonné puisse communiquer aisément et pour son argent. Finalement, Deolu Ogunbanjo n’aura pas été longtemps le seul à voir la nécessité de la portabilité. Le 17 mai 2013, lors de la cérémonie de célébration de la Journée mondiale de la société de l’information au Nigeria, Tony Ojobo, le directeur des affaires publiques de la NCC, révélait que 48h après le lancement de cette solution technique, près de 4000 abonnés des quatre majors avaient changé de service. Ce nombre doit avoir gonflé depuis.

Tunisie

De tous les opérateurs de téléphonie mobile opérant en Tunisie, Orange est la seule entreprise à avoir réussi avec succès le test de la portabilité mobile sur son réseau en juillet 2013. Dans un marché saturé et nécessitant un souffle nouveau pour le redynamiser, l’Instance nationale des télécommunications (INT) a couvé la portabilité depuis 2012. Elle devait garantir la fluidité du marché tunisien des télécoms. Le projet, qui devait en effet être opérationnel en juillet de cette année-là, avait finalement été reporté à cause de la contestation par la société Open IT de l’octroi du marché à Meninx Holding en mai 2012.

Cette année, la portabilité a finalement été remise sur les rails après l’intervention de la présidence de la République, confirmant l’octroi du marché de gestion à Meninx Holding. Avec la portabilité, les espoirs portés par le régulateur sont que les opérateurs ne soient plus obligés de vendre des cartes SIM pour gagner de nouveaux abonnés ; ils n’auront qu’à accepter les demandes de portage manifestées par les consommateurs. Les tarifs des communications vont chuter, la qualité de service va s’améliorer, au grand bénéfice des populations. Mais vu qu’Orange a été le seul des opérateurs à avoir réussi le test technique de la portabilité, il semble que l’offre effective de ce nouveau service va devoir encore attendre un peu. Juste le temps qu’Ooredoo Tunisie (ex-Tunisiana) et Tunisie Télécom se mettent à la page. Car comme le disait Orange le 16 juillet 2013 dans le communiqué informant le public de sa réussite du test de la portabilité : son « lancement commercial à grande échelle (…) n’est possible que si tous les acteurs du marché sont également prêts».

Kenya

Voilà un autre pays d’Afrique où la portabilité a été appelée de tous les vœux par les consommateurs. Lancé finalement le 1er avril 2013, le processus de migration des abonnés d’un opérateur à un autre, sans pour autant perdre son numéro d’appel, a été piloté par la Commission des communications du Kenya (CCK). Elle aussi a longtemps multiplié les amendes et sanctions contre les opérateurs télécoms, mais sans grand succès. Avec la portabilité, la CKK voulait ainsi prendre à contre-pied les sociétés télécoms et les contraindre à améliorer leur qualité de service, satisfaire aux demandes des abonnés qui ne cessaient de se plaindre pour diverses raisons.Mais la décision prise par le régulateur de lancer la portabilité n’a pas été accueillie avec grande joie par les opérateurs, qui voulaient que la date de lancement soit reportée. Pour René Meza, le directeur général d’Airtel, il aurait été nécessaire de reporter cette date pour mieux définir les règles entourant cette opération. Il dénonçait quelques jours plus tard les pratiques anticoncurrentielles de son concurrent Safaricom. Lors d’une cérémonie pour accueillir les nouveaux clients, il déclarait dans un communiqué que « certains opérateurs, notamment Safaricom, essay[ai]ent toujours de faire revenir les clients qui avaient déjà quitté leur réseau (…). Nous avons porté l’affaire devant la CCK depuis que nous avons senti que si les tendances anticoncurrentielles ne sont pas arrêtées dès le début, les clients pourraient ne pas avoir la chance de jouir d’une certaine liberté et de profiter de la portabilité. » Aujourd’hui, grâce à la portabilité, la concurrence dans le secteur kenyan des télécommunications s’est déportée vers les services innovants comme le mobile money et autres services à valeur ajoutée. Conséquences, les consommateurs se plaignent de moins en moins de la qualité de service tandis qu’ils font l’expérience de nouveaux services.

Au total, l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Nigeria, le Kenya, le Ghana et la Tunisie sont les pays qui font déjà l’expérience de la portabilité des numéros mobiles en Afrique. Le dynamisme qu’ont connu les télécommunications dans ces pays en a inspiré bien d’autres comme le Sénégal, l’Ouganda, l’Île Maurice, et récemment le Cameroun. Bien qu’ils n’aient pas encore franchi le pas, ils réfléchissent déjà sur les moyens techniques pour mettre en place la portabilité. (Agence Ecofin)

Par Muriel Edjo pour le magazine Réseau Télécom No 66.


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